• sur son blog by histoireetsociété

    Cette position en faveur du rassemblement de toute la gauche  n'a pas toujours été la mienne mais aujourd'hui ce que je crains est que l'échec de cette gauche nous conduise à quelque chose de plus terrible que ce que nous pouvons l'imaginer. Je n'ai aucune solution, je fais un pari sur l'avenir et c'est pourquoi je souhaite non pas que l'on suive mon choix mais que chacun en son âme et conscience réflechisse à ce qui peut contribuer à cette réussite.

    Nous devons nous dépasser parce que nous sommes confrontés à l'Histoire pas aux trafics politiciens autour des postes, pas aux jeux des factions, non à l'Histoire et à la capacité d'un peuple à y faire face.

    Il y a une première étape: les législatives,il faut absolument renforcer le choix de la présidentielle, battre la droite et son extrême de plus en plus confondues et apporter une majorité confortable, forte et combative au président élu. C'est à cela que pour le moment il faut réfléchir individuellement et collectivement.

    j'ai toujoiurs eu de la sympathie - le mot est faible- pour le combat mené par mes camarades du Pas de Calais et je crois que tout le monde a bien perçu les réserves - le mot est faible- que j'avais non seulement sur la candidature de Melenchon mais sur son choix d'Henin Baumont. je crains plus que tout le coup médiatique quand la situation est d'un telle gravité et qu'un peuple est dans une telle souffrance.

    A ce titre, si durant la campagne présidentielle je n'ai jamais relayé celle du Front de Gauche tout en me gardant de lui nuire en quoique ce soit je n'ai pas plus relayé les débuts de la campagne des legislatives de Melenchon dans le Pas de Calais. Mais j'ai beaucoup réfléchi à ce à quoi nous étions confrontés, quels étaient les enjeux, les obstacles et les points d'appui. Comme vous tous sans doute...

    J'avais souligné vers la fin de la campagne présidentielle que "les digues avaient sauté". Face à la crise le principal enjeu est qui va payer la note du capital? Cette question sous différentes formes se pose partout, pas seulement en france, en Europe, en Grèce, en Espagne mais au Moyen orient et sur tous les continents. partout sous des formes divers on assiste à la tentative de créer de nouvelles alliances pour contenir les colères populaires, les dévoyer. Partout on assiste à l'installtion de conservatismes qui s'appuient sur des néo-fascismes adaptés à l'état des masses quitte à faire de ces spécificités politique, religieuses le moyen d'opposer les peuples entre eux.

    En Europe, en france le modèle est déjà à l'oeuvre et dans un récent article je soulignais le laboratoire que constituaient des pays à forte traditions social-démocrate comme la Belgique, le Danemark et les Pays Bas. partout on retrouvait les mêmes données: des pays où une gauche honteuse confrontée aux abandons de sa propre gestion se trouvait confrontée à une droite qui avait perdu toute réserve républicaine et menait une politique anti-peuple, pro-capital en s'appuyant sur des forces xénophobes attisant les haines, les divisions et la recherche des boucs émissaires.

    Voilà le danger principal qui guette cette présidence de gauche et ce gouvernment récemment élu. Et s'il se conforme au modèle de cette social-démocratie lâchant pied la situation est d'autant plus dangereuse que la droite grâce à Sarkozy est désormais en train d'avancer à pas de géant vers l'abandon de tout principe républicain. nous allons y être confrontés dès ces législatives. Et je vois déjà l'extrême-droite avec ses rires de hyène s'attaquer à tous les éclopés, aux bêtes blessées et offrir aux assoifés de pouvoir de partager le festin.

    Ce gouvernement n'est pas assez fort pour résister à la pression de l'Europe, celle chez nous du mur d'argent et ce n'est pas parce qu'il serait ceci ou cela mais parce qu'aucun gouvernement n'est en capacité d'une telle résistance sans une force populaire pour le soutenir.

    Je sais ce que je vais faire mais je ne peux agir ou penser pour personne parce que chacun s'il partage ce diagnostic est trés capable de se rendre compte par lui-même où il sera le plus utile pour apporter cette force. Ce que personnellement je vais faire c'est tenter le pari de faire confiance au Front de gauche et en particulier à mes camarades du Pas de calais. S'ils ont accepté melenchon je ne vais pas leur donner de leçon et je vais être à leur côté comme je l'ai toujours été parce qu'ils représentent ce à quoi j'ai toujours adhéré. Ce parti qui rassemblait des gens qui avaient si peu de colère et tant de générosité véritable, si désintéressés qu'ils étaient capables de donner leur vie dans l'ombre, leur santé, leur force, ceux qui les ont côtoyés en sont restés marqués à jamais, je veux parler des communistes. A ce propos, il y a eu une déclaration de Melenchon qui m'a poussé à choisir c'est celle où il a affirmé qu'il ne copierait pas die Linke et qu'il laisserait à chaque composante du Front de gauche, à commencer par le PCF son autonomie. Peut-être qu'un jour l'unification sera possible mais aujourd'hui à mes yeux ça aurait été une erreur terrible parce que cela aurait fini d'abattre sous les projecteurs et les légeretés médiatiques ce dont nous avons absolument besoin: ce monde humilié, attaqué de toute part et qui demeure une des principales forces de résistance. Cela aurait accru les divisions et tous ceux qui se sont ralliés au Front de gauche l'ont fait parce qu'ils en avaient marre des querelles de pouvoir, des luttes de place de tendances...

    Si je suis capable de quelque conviction je propose à tous mes camarades qui éprouvent les mêmes réserves que moi de tenter ce dernier pari en étant bien conscient  que rien n'est sûr. Il faut se souvenir de la capacité politique de la France, en 1936, alors que partout le nazisme et le fascisme s'imposaient, cette france a été capable d'inventer le front populaire comme à la Libération tous se sont attelés à tenter d'appliquer le programme de la Résistance dans une France dévastée. Tout cela n'a pu exister que parce que des gens ont su soulever comme dans notre grande révolution les masses populaires et donner un élan incomparable qui a affronté et battu toutes les offensives du capital.

    Certes nous avons des expériences et l'enthousiasme de ces époques ne peut pas être au rendez-vous, nous savons tous ce dont nous sommes capables du pire comme du meilleur... Peut-être est un atout que de se rassembler sans illusion mais avec la claire vision de ce qui nous menace si nous n'en sommes pas capables.

    Danielle Bleitrach


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  • Le Creusot il y a un siècle

    Les photos d'archives proviennent de l'écomusée du Creusot

     
     
     

    2/21 - Le Creusot : une maison ouvrière de la cité Saint-Eugène.

     
     
    Les hommes du et de fer
    Ce sera le thème en deuxième partie de soirée sur Arte le mardi 22 mai. Avec notamment l'évocation des Schneider au Creusot.

    Mardi 22 mai sur Arte
    « Les hommes du fer » à 22h35
    « Les hommes de fer » à 23h30

    Un volet thématique en deux parties qui relate l’industrie sidérurgique du XIXe siècle et son essor qui va engendrer la révolution industrielle.
    A partir de 1945, la sidérurgie devient le fer de lance de la reconstruction européenne, puis plus récemment le déclin avec les fermetures massives des usines.
    Ce documentaire réalisé par Anaïs et Olivier Spiro raconte l’histoire de la sidérurgie franco–allemande par la voix de ceux qui en ont été les acteurs, salariés et patrons de quatre grandes entreprises familiales de la Rhur (Krupp et Thissen), du Creusot (Schneider) et de Lorraine (De Wendel).

    Vous pouvez trouver tous renseignements utiles sur les sites internet et les programmations télé.
    Vous pouvez aussi cliquer sur le lien suivant : http://www.arte.tv/fr/Les-Hommes-de-fer/6619486.html. Avec des extraits vidéo. 

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  • Serge Desbrosses et sa remplaçante, Sylvie Lefèvre.  Photo G. L. (CLP)

    Serge Desbrosses et sa remplaçante, Sylvie Lefèvre. Photo G. L. (CLP)

    C'est en tout cas le fil conducteur des thèmes de la réunion tenue mardi en début de soirée, salle Terrade à Mesvres, par Serges Desbrosses et Sylvie Lefèvre.

    C’est en tout cas le fil conducteur des thèmes de la réunion tenue mardi soir, salle Terrade à Mesvres, par Serges Desbrosses et Sylvie Lefèvre, les représentants du Parti communiste français pour le Front de gauche aux élections législatives sur la 3 e circonscription.

    Et le candidat Serge Desbrosses d’indiquer : « Notre programme est le contenu du livre du Front de gauche intitulé L’Humain d’abord. Aujourd’hui, le capital compte plus que l’homme et ce n’est plus possible ».

    De profondes réformes

    Le ton était donné et les deux orateurs de décliner tous les secteurs qui, à leurs yeux, méritent de profondes réformes.

    « Sarkozy a augmenté le temps de travail sans augmenter les salaires. Il faut faire l’inverse et nous proposons une augmentation du Smic à 1 700 euros.

    Concernant l’énergie nous préconisons la création d’un Pôle public de l’énergie afin de maîtriser les coûts et stopper la spéculation.

    Du point de vue de l’écologie, pourquoi ne pas mettre les camions sur les trains pour les grandes distances et utiliser les transports par les canaux.

    L’idée est également de faire de la Banque centrale européenne (BCE) un pôle public bancaire qui prête directement aux états, plutôt que de passer par les banques qui en tirent de gros profits.

    Dans le domaine de la santé, il faut abroger la loi Bachelot, renforcer le personnel dans les hôpitaux et les doter des techniques de pointe. »

    Et les candidats de poursuivre : « Il faut revenir à la retraite à 60 ans pour tous et prendre en compte la pénibilité. Relocaliser les emplois est une urgence. Dans le domaine agricole, il y a besoin d’une politique agricole commune cohérente avec des productions en fonction des besoins du marché, et puis de prix rémunérateurs pour les agriculteurs. »

    Le débat s’ouvrait alors avec les participants qui permettaient d’aborder bien d’autres sujets de préoccupation du monde ouvrier.

    Serge Desbrosses indiquait, non sans avoir égratigné le mandat du député sortant : « Le Front de gauche doit être présent en force à l’Assemblée nationale pour peser sur les débats et permettre à ses idées d’être prises en compte », et de conclure : « Le pays à besoin d’une vraie gauche. »

    http://www.lejsl.com/edition-d-autun


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  • par Samuel Zarka 3 février 2012  
    J'étais tranquille, j'étais peinard, je réparais ma mobylette

    Gilles passe en scooter ; il me dit :

    G — Manu tu fais quoi?

    M — Je travaille.

    G — Tu travailles? Tu répares ta mobylette, tu ne travailles pas, moi je travaille, la preuve je suis payé.

    M — Depuis ce matin je travaille à réparer ma mobylette.

    G — Non tu ne travailles pas, ni les parents qui emmènent leurs enfants en vacances, ni moi si je te prépare un café. Par contre, le serveur du café en face, lui, il travaille : il est payé par le cafetier pour te servir. Tandis que si je te demande de réparer mon scooter comme un service, tu ne travailles pas, tu as une activité. Celle-ci n'est pas reconnue économiquement. Ce qui l'est, en revanche, c'est du travail.

    M — Et mon BTS de mécanique qui prouve que je suis sérieux, que je sais travailler.

    G — Ce diplôme ne suffit pas à ce que ton activité soit reconnue comme du travail. Il ne fait que certifier ton savoir-faire. Si tu as un diplôme d'informaticien et que tu créés bénévolement du logiciel libre, si tu as un CAP cuisine et que tu prépares un dîner pour des amis, ou si encore tu as un diplôme de philosophie et que tu fais de la recherche indépendante, tu produis des choses ou tu rends des services utiles aux uns ou aux autres, mais tu ne travailles pas, quand bien même ton diplôme certifie ta compétence. Le diplôme ne garantit donc pas que tu travailles, il ne fait que certifier que tu sais produire de la valeur d'usage.

    M — Et le travail ça commence quand ?

    G — Quand tu es embauché. Tu travailles si tu programmes un logiciel dans le cadre d'un emploi en entreprise, si tu cuisines dans un restaurant ou si tu répares une mobylette en tant que technicien chez un garagiste. Ce qui constitue le travail, ce n'est pas son contenu mais son cadre d'exercice. Or ce cadre, c'est l'emploi. C'est l'employeur qui qualifie ton activité comme créatrice de valeur économique. Et c'est ce qu'il fait en te payant.

    M — Nous y voilà, si je suis employé, je suis payé.

    G — Et tu n'as pas le pouvoir de faire reconnaître ta qualification par toi-même. Au préalable, il te faut passer par le marché du travail. D'ailleurs, ta qualification, tu la perds lorsque tu n'es plus employé. Si tu travailles dans une entreprise et que tu quittes ton emploi, que ce soit de ton propre chef ou suite à un licenciement, à terme, c'est-à-dire à la fin de tes possibles indemnisations chômage, tu n'es plus payé, alors même que tu conserves ton savoir-faire. Ce n'est donc pas toi, en personne, que l'employeur paye, mais ton poste. Dans l'entreprise, ce n'est pas la personne mais le poste qui est reconnu comme qualifié à produire de la valeur économique.

    M — Qu'est-ce que ça change que ce soit la personne ou le poste ? De toute façon, ce qui compte c'est d'être payé.

    G — Mais si ton poste est attribué à quelqu'un d'autre, c'est lui qui sera payé en occupant ce poste, tandis que toi, tu n'emporteras pas ton salaire avec toi.

    M — C'est normal, l'employeur ne peut pas payer tout le monde. Il ne paye que ceux qui travaillent pour lui et concourent à produire de la valeur économique dans son entreprise. Et il ne peut pas embaucher tous les demandeurs d'emploi ! Elle a des contraintes, l'entreprise, la pression des Roumains, des Chinois, au sein de la concurrence libre et non faussée !

    G — Pourtant, il y a des salariés qui travaillent en se passant d'employeur : les fonctionnaires. En effet, les fonctionnaires travaillent, mais pas dans le cadre d'un emploi.

    M — Si, puisqu'ils sont payés. Mais il s'agit d'un emploi à vie !

    G — Même pas, car contrairement aux employés des entreprises, dont la qualification est déniée au profit de celle de leur poste de travail, les fonctionnaires sont reconnus en personne comme porteurs d'une qualification. Cette qualification leur est attachée à travers leur grade. Et c'est ce grade, personnel, qui leur donne droit, non à un emploi à vie, mais à un salaire à vie. La preuve, ils sont payés pour toute la durée de leur carrière professionnelle, et même si d'aventure ils se retrouvent temporairement sans affectation, c'est-à-dire sans emploi, ils continuent à être payés. Ils sont libres du marché du travail… Comme le seront aussi les nombreux employés du privé dès qu'ils seront arrivés à l'âge de la retraite !

    M — Pardon ? Les retraités ne touchent pas de salaire puisqu'ils ne travaillent plus! Ce qu'ils touchent, c'est une pension en échange des cotisations qu'ils ont fournies tout au long de leur vie professionnelle. Et s'ils sont à la retraite, c'est justement parce qu'ils ont enfin mérité de se reposer!

    G — De nouveau tu as l'air de confondre travail et emploi. Ce n'est pas parce que les retraités n'ont plus d'emploi qu'ils ne travaillent plus ! Au contraire, s'ils sont payés, c'est non seulement parce qu'ils travaillent, mais parce que leur qualification à créer de la valeur économique leur est enfin reconnue, en personne. En un mot : ils ne sont plus employés par un employeur, mais salariés au nom de leur qualification personnelle, leur donnant droit à un salaire pour dix, vingt, trente ans ou plus, bref, un salaire à vie ! Si tu répares ta mobylette à 60 ans, tu seras payé pour le faire, de même que si tu t'occupes de tes petits enfants ou si tu t'investis dans le milieu associatif. C'est la raison pour laquelle les retraités sont souvent débordés et n'arrêtent pas de cavaler derrière tout ce qu'ils ont à faire. C'est comme s'ils n'avaient jamais autant travaillé. Pourquoi ? Justement, parce qu'ils sont libérés de l'emploi et sont reconnus en personne comme qualifiés. C'est en cela que la retraite est le modèle du travail libre.

    M — Mais si les retraités sont payés, c'est grâce à tous ceux qui, pendant ce temps, travaillent dans les entreprises et cotisent sans en profiter. Ce sont donc bien les entreprises qui sont la source de la valeur et qui payent les retraités !

    G — Certes, la cotisation qui sert à salarier les retraités fait partie du salaire des employés, ainsi que des fonctionnaires. Mais cette valeur, en revanche, ce sont les retraités eux-mêmes qui la créent ! Autrement dit, le prix des marchandises créées par les entreprises ainsi que des services qu'elles facturent, inclut non seulement la valeur marchande de ces biens et services mais aussi la valeur non marchande des biens et services produits par les retraités.

    M — Mais par définition, le non marchand n'a pas de valeur !

    G — Un seul exemple : les soins médicaux n'ont-ils pas de valeur ?

    M — Bien sûr que si, mais pas comme des marchandises !

    G — Nous sommes donc d'accord : le non marchand a bien une valeur économique, mais une valeur économique qui n'est pas celle d'une marchandise. Cette valeur correspond à la qualification des producteurs, et notamment des retraités. Bref, l'ensemble des services rendus par l'ensemble de ces personnes payées à la qualification est comptabilisé dans le salaire brut. Comme ton salaire à toi. C'en est même la quasi moitié : 40%.

    M — La retraite des autres, c'est mon salaire à moi ?

    G — Oui, car il s'agit de salaire socialisé, immédiatement réparti parmi les retraités, comme nous le disions, mais aussi parmi les autres pensionnés comme les femmes en congé maternité par exemple, ainsi que parmi les agents de la sécurité sociale et les professions libérales qui sont affiliées à celle-ci. Et cette valeur répartie, ils la transforment en valeur d'usage.

    M — Mais ces retraités, parents, médecins ne vendent rien, ils sont hors de l'économie. De même que les fonctionnaires.

    G — Au contraire, ils démontrent l'existence massive de l'économie non marchande dont je te parlais à l'instant. La preuve : les cotisations sont comptabilisés dans le PIB. Il en va de même pour les fonctionnaires : une valeur économique est attribuée à leur activité, reconnue à travers leur salaire, alors même qu'elle n'est pas marchande. C'est ainsi qu'ils assurent des services nécessaires à l'ensemble de la société, mais aussi, bien évidemment, à la bonne marche des entreprises : éducation, santé, hygiène publique, etc.

    M — Mais ces fonctionnaires dont tu me parles, ce sont de petits malins, des chanceux, des petits rentiers. Et s'il y en avait moins, il y aurait moins d'impôts à payer, donc plus de marge de manœuvre pour les employeurs et des employés qui vivraient mieux.

    G — Si les fonctionnaires sont payés par l'impôt, c'est parce qu'une source monétaire est nécessaire pour reconnaître la valeur économique de leur travail. Cette source monétaire, cela peut être la production de valeur par les entreprises, mais ce n'est pas la seule possible. l'État s'en est longtemps chargé lorsqu'il émettait lui-même de la monnaie selon ses besoins.

    M — Mais tout le monde ne peut pas être fonctionnaire ! Ni médecin ou retraité !

    G — Non, c'est vrai. Mais d'une part, les retraités, parce qu'ils sont payés par la cotisation, nous montrent que ce qui tue le travail, c'est l'emploi. D'autre part, les fonctionnaires nous montrent que chacun peut être reconnu comme qualifié dès le début de sa vie professionnelle. Conclusion : socialisons non pas une partie, mais l'intégralité de la valeur produite par les entreprises, par les fonctionnaires et par les retraités, pour reconnaître la qualification personnelle de chacun. Ainsi, nous salarions chaque citoyen à vie et nous réglons le problème du chômage.

    M — C'est possible pour une minorité, mais on ne peut pas payer tout le monde comme ça.

    G — Pourtant, on paye bien les employés ! La seule chose qui change, c'est que ceux-ci ne sont plus payés par leur entreprise, mais par des caisses de salaire. Nous avons déjà le modèle : la retraite répartition. Nous avons aussi la technique de financement : la cotisation sociale. Et nous savons qu'elle marche puisqu'elle assure le salaire des retraités depuis des dizaines d'années et continue de le faire avec succès. D'ailleurs, la cotisation ne permet pas de salarier les seuls retraités, mais aussi, comme nous l'avons évoqué, les agents de la fonction publique hospitalière, une partie des professions libérales, et même des employés en situation de hors emploi, comme les femmes en congé maternité ou les allocataires de l'assurance chômage. Ces derniers se voient, temporairement, attribués un salaire, et donc reconnaître leur qualification personnelle, même s'ils n'occupent pas, ou plus, leur poste. Ce qui est extraordinaire, c'est que cette qualification leur soit déniée le reste du temps !

    M — Mais dans l'hypothèse où tu pourrais attribuer à tout le monde une qualification personnelle, où trouverais-tu l'argent pour les payer ? Grâce à l'État ? Mais l'État est en déficit. Il y a le trou de la sécu, le coût des retraites, la crise de la dette grecque, portugaise, italienne, et même française. Cela, parce qu'on a vécu pendant plus de 30 ans au-dessus de nos moyens. C'est très coûteux les services publics, l'école, l'hôpital, le ramassage des déchets, l'administration. Pour les payer, l'État a dû vendre les entreprises qu'il possédait, EDF, GDF, France télécom, La Poste. Aujourd'hui plus que jamais, il est près de la faillite. Il faut donc impérativement réduire les dépenses. Est-ce qu'on a déjà vu un foyer dépenser plus qu'il ne gagne et laisser la charge de ses dettes à ses enfants ? C'est pour cela que nous devons faire un effort tout de suite pour aider l'État. C'est pour cela qu'il faut réduire le nombre de fonctionnaires. Qu'il faut aider l'État en travaillant plus longtemps. Qu'il faut que les salaires soient contenus. Ce n'est que comme ça que l'État pourra honorer ses dettes et rembourser ses emprunts aux banques. Car en attendant, ce ne sont pas les entreprises qui vont le sortir de là. C'est pour ça qu'on a baissé les impôts sur les sociétés et qu'on cherche à réduire les charges patronales : pour les rendre plus compétitives. Et si les employeurs doivent modérer les coûts de production, c'est pour la survie des entreprises et pour payer les actionnaires qui ont investi dedans.

    G — Mais les entreprises ont-elles besoin des actionnaires ?

    M — Bien sûr, ils possèdent les actions et ont investi dans la production.

    G — Et tu sais ce qu'est une action ?

    M — C'est un titre qui donne le droit de recevoir une part de la valeur économique produite par les entreprises.

    G — Et qui produit la valeur dans l'entreprise ?

    M — Les employés !

    G — Et la valeur produite par les employés passe dans l'escarcelle de l'actionnaire, c'est cela ? Donc l'actionnaire, parce qu'il possède des actions, possède un droit sur la valeur produite par les employés, j'ai bien compris ? Somme toute, ces actions sont des titres de propriété purement lucratifs, et tant que l'entreprise tourne, l'actionnaire accumule de la valeur. Mais pourquoi a-t-il ce droit, puisque ce n'est pas lui qui la crée ?

    M — C'est qu'en accumulant, il peut investir dans des grands projets.

    G — Mais est-ce que tu as l'impression qu'ils investissent les actionnaires actuellement ? Est-ce que tu n'as pas plutôt l'impression qu'ils n'engagent leur argent que dans des placements à court terme et indépendants de la demande de travail ? Si oui, penses-tu que nous ayons besoin de ce type d'actionnaires ? Ne pouvons-nous pas investir sans leur intermédiaire et autrement ? Si les employés créent la totalité de la valeur économique, est-il si nécessaire qu'ils passent par les actionnaires pour l'investir ?

    M — Il faut bien que quelqu'un ou quelque chose se charge d'investir cette valeur !

    G — Précisément, il s'agit de créer des caisses d'investissement à la manière des caisses de retraite qui salarient aujourd'hui les retraités.

    M — Mais la retraite, ce n'est pas un investissement !

    G — 17% du PIB réparti chaque année pour les retraités, ne s'agit-il pas d'un engagement massif, de long terme, finançant l'activité de millions de personnes ? Ajoutons-y la cotisation-maladie, qui permet de payer les médecins et le traitement des malades, et nous voyons que nous savons déjà investir massivement et à long terme en nous passant des investisseurs !

    M — Mais pour les routes, les ponts et les aéroports ?

    G — Il suffit d'étendre encore davantage la part de la cotisation dans la valeur produite ! Attribuons-la à nos besoins !

    M — Ça va rogner le profit, faire fuir les détenteurs de capitaux qui vont alors partir à l'étranger avec leurs portefeuilles et investir ailleurs.

    G — Il y a quoi dans ces portefeuilles ?

    M — Des titres !

    G — Donc des droits sur la richesse produite. C'est-à-dire que cette valeur, les détenteurs de portefeuilles ne la possèdent pas telle quelle. Ces portefeuilles ne sont pas des congélateurs à monnaie. Les actionnaires ne possèdent que de la valeur virtuelle, potentielle, qui ne deviendra réelle que quand ils l'échangeront contre de la monnaie, c'est bien cela ?

    M — Des titres, c'est toujours de la valeur ! Même virtuelle !

    G — Tu as vu des avions tomber en panne sèche, des immeubles s'effondrer ou la terre se fendre lors de l'éclatement d'une bulle spéculative ? C'est que la valeur disparue dans l'éclatement de la bulle était bien de la valeur possible, potentielle, mais non effective. Car ces montagnes de valeur virtuelle ont une limite, bien réelle celle-là : la valeur des biens et services produits par les salariés sur l'année en cours. Ce sont les salariés qui produisent la totalité de la valeur économique disponible. En attendant, les détenteurs de capitaux n'accumulent que des titres, qui ont augmenté dans des proportions astronomiques ces dernières années, mais sans équivalent matériel.

    M — Mais la valeur détenue par les actionnaires, elle existe bien puisqu'ils peuvent investir, embaucher et payer les employés ! Tout comme les dettes des États sont réelles puisqu'il faut les payer !

    G — Les actionnaires peuvent employer, non parce qu'ils détiennent la valeur, mais parce qu'ils détiennent le droit de qualifier l'activité comme du travail. C'est pour cette raison qu'ils détestent les fonctionnaires et les retraités : ces catégories de salariés échappent à leur emprise. Quant aux banques, certes elles prêtent de la monnaie, mais en la créant à l'occasion du prêt ! Les États remboursent actuellement aux banques une monnaie qu'elles ne possédaient pas avant de la leur prêter. Bref, les prêteurs n'ont rien apporté en prêtant, puisque ce qu'ils avancent au moment du prêt, ils ne le possédaient pas avant de le prêter.

    M — Pourquoi les remboursons-nous alors ? Pourquoi le report de l'âge de la retraite, les coupes budgétaires, les fonctionnaires non remplacés ?

    G — Parce que nous ne voyons pas que nous pouvons nous passer d'elles, comme des actionnaires, en élargissant le champ d'application de la cotisation. Alors que les employés produisent la valeur économique, qu'ils financent déjà, par la cotisation, des investissements à long terme, comme nous le montrent le financement de la santé publique et la retraite de millions de pensionnés, ils abandonnent aux employeurs le droit de qualifier l'activité économique, et attribuent une partie de la valeur aux actionnaires ou aux prêteurs, se soumettant ainsi à l'intérêt de patrons qu'ils ne rencontrent jamais. Si nous voulons investir en nous passant de ces usuriers, augmentons la part de cotisation à toute la valeur produite. Alors nous pouvons doter chacun d'une qualification personnelle, et nous supprimons le chômage. Et en socialisant l'intégralité de la valeur, nous supprimons la propriété lucrative des actionnaires.

    http://www.reseau-salariat.info/


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  • Rassembler pour assurer et garantir une politique de changement à gauche

    L’élection de François Hollande à la présidence de la République ouvre une nouvelle période politique et représente un espoir. A l’annonce du résultat, ce qui a été le plus fortement ressenti, c’est un soulagement, la fin d’une tension qui était devenue insupportable, après cinq années dont il ne faudra jamais oublier – pour ne pas avoir à le revivre - combien elles furent, pour notre pays et notre peuple, pour l’image de la France dans le monde, une période des plus sombres.

    Par sa brutalité, son mépris, par la dureté des coups portés au monde du travail, par des régressions sociales et démocratiques d’un niveau rarement atteint dans l’histoire de notre République, par un véritable acharnement à diviser, à blesser, à stigmatiser, par un climat de haine et de suspicion qui a si durement mis à mal nos belles valeurs républicaines, par un abaissement moral dont l’entre deux tour de l’élection présidentielle a donné une ultime et sidérante illustration, le Sarkozysme a défiguré notre pays. Sans la moindre condition, il fallait s’en débarrasser.

    Cela a été possible et réalisé par une dynamique de rassemblement à gauche. Dès dimanche soir, la bataille politique et idéologique portant sur l’analyse et l’interprétation des résultats a été lancée. Il en a été de même après le premier tour. Il ne faut pas la sous estimer car elle conditionne, pour partie, le climat dans lequel s’engage la campagne des législatives. Face aux opérations d’enfumage, qui consistent notamment à contester l’ancrage à gauche des préoccupations et des attentes d’une majorité des électrices et des électeurs, il nous faut répondre en répétant une chose simple, incontestable à la lecture des résultats et des enquêtes post-électorales : sans le Front de gauche, sans l’émergence d’une force politique nouvelle, unitaire, indépendante et autonome, sans les 4 millions de suffrages obtenus par notre candidat commun, Jean-Luc Mélenchon, sans la magnifique campagne marquée par une irruption citoyenne et populaire qui a été très largement reconnue comme l’événement marquant de cette élection présidentielle, sans les propositions de notre programme, l’Humain d’abord – mot d’ordre que le peuple de la Bastille dimanche soir a accroché à son cœur pour fêter la victoire -, sans notre engagement clair et déterminé entre les deux tours, nous serions aujourd’hui à attendre la composition du premier gouvernement du second quinquennat de Nicolas Sarkozy. Il faut aussi rendre hommage au mouvement social, aux syndicalistes, aux militants du mouvement associatif, qui ont participé, souvent avec beaucoup de courage, à la mobilisation pour résister pendant cinq longues années et gagner.

    Dès dimanche soir, Pierre Laurent a exprimé la joie des communistes qui ont combattu sans relâche Nicolas Sarkozy, sa majorité et sa politique et qui ont œuvré de toutes leurs forces à la victoire du 6 mai. Le Parti communiste souhaite, dans l’intérêt de nos concitoyens et pour que se lève une espérance à l’échelle de l’Europe, la réussite d’une majorité de gauche face à la crise, pour en sortir, face à l’urgence sociale, pour une amélioration concrète des conditions de vie.

    Si l’antisarkozysme a été le premier moteur de l’élection de François Hollande, c’est que notre peuple, avec une majorité nette et une forte participation, ne pouvait en supporter davantage. Le vote du premier comme du second tour est d’abord un vote de sanction de la politique ultralibérale, antisociale et autoritaire menée au cours des cinq dernières années. Jusqu’au dernier jour, avec la publication au Journal officiel du décret de mise en place de la TVA antisociale et de celui relatif à l’évaluation des enseignants, la majorité de droite aura accompli une bien sale besogne, qui avait pour objectif de régler définitivement son compte à notre modèle social. Les forces progressistes ne sont pas simplement aujourd’hui appelées, dans des conditions historiques bien différentes à celle de 1981 ou 1997, à un travail de reconstruction – il faudra le faire – mais bel et bien à des responsabilités et des exigences pour un nouvel élan, un projet de société répondant à une puissante aspiration au changement dans un contexte où les basculements, les mutations et les transformations sont d’une telle ampleur qu’il faut faire du neuf et pas du recyclage.

    Cette introduction à nos travaux sera essentiellement consacrée aux prochaines élections législatives. Pour en préciser le niveau d’ambition, l’orientation que nous souhaitons lui donner dans le cadre d’une campagne nationale animée avec nos partenaires du Front de gauche, pour décider d’une feuille de route et des objectifs politiques que nous nous fixons, il convient de bien partir de la réalité d’un nouveau rapport de force politique issu de l’expression du suffrage universel tout en mesurant combien l’évolution de la situation à l’échelle européenne va, de nouveau, peser très fortement. Un nouveau paysage national et européen. En allant à l’essentiel, quelle analyse peut-on faire du vote du 6 mai ? La victoire de François Hollande est nette mais il n’y a pas eu d’effondrement de la droite, avec, au final, un score aussi serré qu’en 1981. Entre les deux tours, Nicolas Sarkozy a gagné plus de 7 millions de voix. Depuis l’élection de 2007, le paysage électoral et politique a été profondément bouleversé. Durant cette période, pas moins de quatre nouvelles forces politiques sont nées avec l’ambition affichée de changer le rapport des citoyens à la politique : le Modem, le NPA, EELV et le Front de gauche.

    Aujourd’hui, au lendemain de l’élection présidentielle de 2012, il est nécessaire d’approfondir nos analyses. Je vous présente ici un rapide point d’étape sur quelques éléments marquants de l’état du paysage politique et électoral en abordant la participation électorale, le rapport droite-gauche et le Front de gauche.

    Alors que les législatives de 2007, les municipales de 2008, les cantonales de 2008 et 2011, les européennes de 2009 et les régionales de 2010, ont été marquées par les pires taux de participation de la Ve République, le 1er tour de l’élection présidentielle de 2012, sans atteindre le record de 2007, affiche une participation supérieure à celle de 2002 et de 1995. Ce résultat est d’autant plus remarquable que les médias dominants avaient annoncé un nouveau record d’abstention suite à une campagne électorale qu’ils avaient jugée décevante pour une majorité d’électrices et d’électeurs. Si nos concitoyens continuent à plébisciter le scrutin présidentiel alors que pour toutes les autres élections l’abstention ne cesse de croître, c’est probablement parce qu’ils pensent, à tort ou à raison, que seule cette élection leur permet de peser sur les choix politiques majeurs de leur pays. En rassemblant au 1er tour 43,75% des exprimés - +7,31 par rapport à 2007 - , la gauche atteint son plus haut score depuis 1988, alors que la droite -hors FN- plafonne à 38,1% -, soit moins 15% sur 2007 - ce qui la remet à son niveau de 2002. Depuis les législatives de 2007, d’élection en élection, à l’exception des Européennes de 2009, la droite est en recul.

    Dans le total de la gauche, le PS représente 65,44% des voix de gauche contre 71% en 2007. A l’inverse, le Front de gauche pèse pour 25,37% du total de la gauche, alors qu’en 2007, le PCF ne représentait que 5,3% des voix de gauche. La dynamique acquise par la gauche au 1er tour vient effectivement du Front gauche, qui s’affirme comme le moteur pour toute la gauche.

    Dans le prolongement du rapport présenté au lendemain du premier tour, notons qu’avec 11,1% des exprimés – 11,3% en métropole – le Front de gauche est à un score intermédiaire entre celui du PCF en 1995 (8,64%) et celui de 1981 (15,35%). Si la géographie des zones de force du Front de gauche correspond globalement à la carte du vote communiste, on observe des percées spectaculaires dans le Sud Ouest, en Alsace, à Paris où Jean-Luc Mélenchon dépasse le score de Georges Marchais en 1981. Selon les sondages, entre 17% et 21% des 18/24 ans, de 19% à 21% des ouvriers, de 12% à 16% des professions intermédiaires, de 12% à 15% des cadres, 21% des habitants en HLM auraient voté Front de gauche. Ces données ne peuvent que nous encourager à nous fixer de belles ambitions aux législatives, tant en termes de progressions de notre pourcentage qu’en nombre d’élus.

    Il nous faut être très attentif au processus de recomposition politique en cours. Un mot sur l’extrême droitisation de la droite. La séquence située entre le 22 avril et le 6 mai, cette course derrière le Front national jusqu’à le dépasser dans l’ignominie, n’est pas qu’un simple calcul électoral. Non, c’est un choix, une orientation bien réfléchie pour une grande partie de la classe dirigeante de la droite, comme c’est le cas dans de nombreux pays européens. Ce qui n’est pas sans provoquer un débat et des remous au sein même de cette droite. Cette orientation très droitière consiste à profiter de la crise, à créer un état de choc, de sidération, où l’écrasante majorité de celles et ceux qui sont les victimes de la crise sont si fortement brutalisés qu’ils sont les otages d’une rhétorique ultralibérale, autoritaire et populiste, bien rodée. Sortons des schémas datés qui présentent le vote FN comme un vote de colère. Certes, il peut être l’expression d’un ras le bol, la manière de pousser un cri, « je crie, mais personne ne m’entend » exprime cet oublié de la démocratie dans le livre de François Miquet-Marty dont la lecture permet de mieux comprendre les mutations à l’œuvre. Reste que l’adhésion aux idées du FN dans l’opinion publique n’a jamais été aussi élevée. Sommes-nous confrontés à une droitisation de la société ? Non, tant le désir de gauche, le souhait d’issue par la gauche, se sont exprimés par le vote à la présidentielle. Mais des idées de droite continuent à peser, à progresser dans cette même société.

    Une actualité européenne brulante

    Passons aux dimensions européennes.

    Les milieux dirigeants européens avaient inscrit depuis longtemps la date du 6 mai, second tour de l’élection présidentielle dans notre pays et scrutin législatif en Grèce, sur leur agenda.

    En France, celui qui était, aux cotés de la chancelière allemande, le principal artisan du nouveau traité budgétaire et du mécanisme européen de stabilité, est sanctionné par un peuple qui a placé les questions du pouvoir d’achat, des salaires, de l’emploi, en tête des préoccupations qui ont le plus fortement motivé le vote. A Athènes, le refus des politiques d’austérité vient de faire exploser le système politique avec une défaite spectaculaire des partis membres de la « coalition d’union nationale », notamment Nouvelle Démocratie et Pasok. L’évènement de ces élections est la fantastique progression des forces de la gauche « anti-austérité », et tout particulièrement de la coalition « Syriza », le Front de gauche grec, menée par Alexis Tsipras, qui devient la seconde force politique du pays et la première à gauche. Au nom du Parti de la gauche européenne, des communistes, Pierre Laurent a salué chaleureusement ce résultat obtenu par une offensive politique sur deux terrains : d’abord celui d’une opposition totale aux mémorandums, puis à un appel à l’unité de gauche, à son rassemblement pour construire une alternative, avec des propositions précises, pour se libérer de l’emprise des banques et marchés financiers, pour réorienter la construction européenne avec une feuille de route que nous partageons avec Syriza et Alexis Tsipras, vice-président du PGE. Malgré toutes les attaques contre la démocratie et le désespoir qui peuvent conduire au vote d’extrême droite, le message politique envoyé par le peuple grec est un véritable coup de tonnerre dans le ciel européen. Le journal l’Humanité vient de relancer la pétition de solidarité avec la résistance du peuple grec. En septembre, avec le PGE, nous engagerons la grande campagne autour de la pétition citoyenne européenne. Avant le somment européen de la fin juin, nous tiendrons à Paris un grand évènement de solidarité franco-grec organisé par le PGE et le Front de gauche avec la participation de notre camarade Alexis Tsipras.

    Il faut se préparer à une actualité européenne des plus brûlantes. Depuis une dizaine de jours, les déclarations des principaux dirigeants européens se succèdent, en cascade, non sans arrières pensées, dans une sorte de concours d’éloquence sur le thème de la croissance. La convocation d’une réunion informelle des chefs d’États et de gouvernements à Bruxelles dès le 23 mai prochain, un mois avant le sommet européen des 28 et 29 juin, est le signe d’une accélération du calendrier. Les grandes manœuvres sont engagées. Il faut s’y préparer.

    Pour aller à l’essentiel, mais ce sujet mériterait un approfondissement de notre analyse, les plans d’austérité n’ont rien réglé et de nouveau la situation est explosive avec des risques de très fortes turbulences pour la zone euro et toute l’Union européenne. Pour tous, y compris le « modèle allemand », présenté il y a six mois encore comme l’exemple à suivre, personne n’est à l’abri d’un sérieux décrochage. Pour le deuxième trimestre consécutif, c’est le risque de récession pour Berlin. Dans un récent rapport, l’Organisation internationale du travail (OIT) alerte sur l’urgence qu’il y a de sortir du piège de l’austérité, symbolisé par le pacte « Merkozy », en s’engageant dans une stratégie de croissance et d’emploi. Sans changement de politique économique ni des critères du crédit, l’injection par la BCE dans le système bancaire européen d’un total proche de 1000 milliards d’euros de liquidités a pu, un temps, calmer les marchés et la spéculation, mais sans rien bouger aux logiques d’austérité. Cette situation absolument catastrophique se développe sur fond de récession européenne. Huit économies, dont sept en zone euro, se trouvent désormais en « récession technique » (deux trimestres successifs de croissance négative du PIB) : La Belgique, le Danemark, l’Espagne, l’Italie, l’Irlande, les Pays-Bas, le Portugal et le Royaume-Uni. Les menaces d’une récession généralisée s’intensifient en Europe, seule région du monde à connaître une telle situation. Voilà ce qui oblige les dirigeants européens à réagir et qui explique le débat qui vient de s’ouvrir sur la croissance. N’est-il pas opportun dans un tel contexte, de prendre appui sur ce débat, tout en ne nourrissant aucune illusion particulière, pour ouvrir une brèche, notamment sur les missions de la BCE, avec la logique de briser la spirale austérité-récession. Cette question m’amène à passer à la présentation de nos objectifs politiques pour les prochaines élections législatives.

    Nos objectifs politiques pour les élections législatives des 10 et 17 juin En prolongeant et en amplifiant la dynamique du Front de gauche à l’élection présidentielle, nous engageons la bataille des législatives avec une belle ambition : une progression de notre influence, franchir une nouvelle étape dans la marche en avant du Front de gauche, avec la réélection de nos sortants et des conquêtes assurant un groupe parlementaire renforcé dont aura besoin toute la gauche.

    Préparons-nous à une bataille difficile dans un temps extrêmement court, dans un mois, c’est le premier tour. En fait, il s’agit de travailler dans deux directions, inutile de se disperser : il faut remobiliser nos électeurs après la présidentielle, renouer le fil et le contact avec eux, et gagner des électrices et des électeurs de gauche qui ont voté F. Hollande au second tour et qui veulent assurer et garantir une politique de changement à gauche avec le bulletin Front de gauche. Nous bénéficions d’un bon résultat à l’élection présidentielle avec près de 4 millions de suffrages. Sans oublier qu’un tiers des électeurs de François Hollande ont voulu assurer le coup, sensibilisés à l’argument du PS leur proposant de placer le futur président en tète des candidats du premier tour. Ils ont assuré dans les enquêtes post-électorales qu’ils auraient pu voter pour le Front de gauche. Bref, tout en mobilisant nos électrices et nos électeurs du 22 avril, nous disposons d’un espace politique bien plus large encore. La bataille sera rude. Avec une droite qui disputera la partie, avec un Front National menaçant. A gauche, le PS jouera à fond la carte consistant à donner au président les moyens de gouverner, après avoir d’ici le 17 juin pris des décrets symbolisant un changement de politique. Quels sont nos objectifs pour les prochaines élections législatives et pour la période qui s’engage ? Nous allons proposer des marqueurs clairs pour une vraie politique à gauche de changement. Il faut de très nombreux députés qui n’aient pas la moindre hésitation pour abroger les lois scélérates du quinquennat Sarkozy et des dix dernières années de droite au pouvoir. De très nombreux députés favorables au relèvement significatif du SMIC et des salaires, au retour à la retraite à 60 ans à taux plein pour tous, à la relance de l’emploi industriel et les services publics.

    Nous voulons réussir le changement à gauche. Nous voulons donner du sens à la gauche. Nous voulons faire évoluer le rapport de force au sein de la gauche pour permettre de véritables ruptures. Nous voulons qu’une prochaine majorité de gauche à l’Assemblée nationale adopte des lois portant sur les urgences sociales, écologiques et démocratiques. Notre rapport au futur gouvernement de gauche et à sa future majorité parlementaire est simple : nous voulons obtenir des résultats pour une amélioration des conditions de vie. C’est aussi ce que demandent les organisations syndicales, comme en témoigne l’appel des syndicats enseignants qui demandent au nouveau président une « réelle rupture » et ce dès la rentrée 2012.

    L’enjeu des prochaines semaines et de l’élection législative de juin consiste à laisser grande ouverte la porte du changement. A ne pas accepter un horizon rabougri. A tout faire pour qu’émergent, dans une démarche prenant appui sur le mouvement syndical et associatif, dans un processus dont le moteur doit rester l’intervention populaire et citoyenne, les solutions pour une sortie de crise.

    Pour les législatives, nous proposons une campagne nationale du Front de gauche avec une coordination nationale de la campagne, du matériel national en compléments des outils de communication élaborés à l’échelle des circonscriptions.

    La gravité de la crise et la possibilité d’une autre politique, une politique qui transforme et permet de vivre mieux, provoquent encore beaucoup de doute et de perplexité. Il n’y aura pas d’état de grâce mais un état de gravité. Est-il possible de faire autrement ? Avec quels moyens financiers, démocratiques, avec quelle politique européenne ? C’est à cela, dans le prolongement de la campagne d’éducation populaire menée lors de la présidentielle, qu’il nous faut répondre. Par des idées, des propositions, des solutions portées par le Front de gauche. Le Front de gauche a joué un rôle décisif dans l’élection de François Hollande, nous proposons aujourd’hui d’en faire de même pour aider la gauche toute entière à assurer et à réussir le changement.

    Nous avons les grands axes de propositions de notre programme « L’humain d’abord », il faut poursuivre et amplifier la mobilisation et l’engagement militant pour élargir l’audience et l’adhésion à notre programme. Donnons des traductions concrètes à ce programme en termes de propositions de loi que défendront les députés de gauche, du Front de gauche, dans la prochaine assemblée. Donnons nos priorités sur les six prochains mois. Nous bénéficions du travail réalisé par le groupe des député-e-s communistes, républicains, citoyens et Parti de gauche tout au long de la dernière législature. Un document de synthèse présente les propositions alternatives en une dizaine de fiches : emploi, salaire, pouvoir d’achat ; sécurité sociale, retraites ; finances publiques ; environnement, énergie ; industrie, agriculture ; droits, justice, sécurité ; institutions ; union européenne, international, défense ; éducation, culture ; logement. Localement, mettons sur la table les dossiers chauds. Dans les Bouches-du-Rhône, Pierre Darhéville a écrit au Président de la République en évoquant les dossiers les plus brulants de son territoire (Fralib et la SNCM jusqu’au Grand Conseil de la Mutualité et aux Roms).

    Au delà de nos batailles locales, qu’ils nous faut mettre en perspectives avec les grands axes de notre programme « L’Humain d’abord », il nous faut rentrer très précisément dans le débat sur le niveau d’ambition à gauche. Sans rien lâcher sur notre projet de société, soyons présents sur tous les terrains, y compris sur celui qui consiste à réagir aux propositions, aux premières décisions du nouveau Président de la République.

    Les questions emploi et salaire

    Je parlais de marqueurs pour une vraie politique de gauche. N’ayons pas la crainte d’entrer très précisément dans un débat de contenus qui pourrait laisser croire que nous retombons dans des schémas de type gauche plurielle avec la volonté de peser sur le PS. Non, la question se situe à un autre niveau. Des millions de gens attendent des améliorations de leurs conditions d’existence, pour eux, leur enfant. Ils veulent ne plus craindre l’avenir. Ils seront donc attentifs aux premières décisions du nouveau président de la République et de sa première équipe gouvernementale. Prenons deux illustrations : sur la politique européenne, et sur les questions d’emploi et de salaires.

    En fin de campagne, le candidat Hollande a déclaré que "l’austérité ne peut pas être une fatalité", en allant même jusqu’à déclarer qu’il œuvrerait pour la "réorientation de l’Europe pour l’emploi, pour la croissance, pour l’avenir". Cette « re-négociation » du traité ne viserait pas à mettre en cause le contenu actuel du projet de traité, mais chercherait à le « compléter » par un volet sur la « croissance ». Nous connaissons les lignes du débat avec l’Allemagne, la commission européenne et de la BCE qui ne veulent pas toucher aux missions de la BCE et refusent que soit levées les politiques d’austérité, ne parlant de politique de croissance que pour plus de « compétitivité », de « flexibilité » et de réduction des dépenses publiques. Dans un contexte où les choses s’accélèrent, comment peut-on marquer des points, obtenir des avancées ? Ne peut-on pas faire œuvre utile en aidant à faire lever les contradictions dont est porteuse aujourd’hui la ligne Hollande ? Il y a une illusion qu’il faut aider à lever : celle qui consiste à prétendre que l’on peut faire de la croissance au niveau de l’ensemble de la zone euro, tout en continuant de mettre en œuvre dans chaque pays pris isolément les orientations du pacte européen de stabilité financière et sans s’attaquer à la tutelle des marchés financiers et aux exigences de rentabilité financière contre l’emploi et la croissance réelle, alors que, pour réussir, des projets communs européens devraient être articulés avec des objectifs chiffrés et concertés de créations d’emplois. Il en va de même si l’on veut tenir sur une ambition écologique et de transition énergétique. Mais le plus grand enjeu concerne la BCE, la création monétaire et le crédit. Nous proposons d’engager le débat là-dessus sans attendre. C’est nécessaire pour aider à diffuser plus largement nos propositions, pour réagir sur le mandat de « renégociation » du Traité par F. Hollande. Et cela préparerait d’ailleurs un futur référendum, qui est pour nous un impératif démocratique, sur le traité budgétaire. Prenons maintenant les questions emploi et salaires.

    François Hollande a donné un premier rendez-vous aux syndicats et au patronat à la mi-juillet pour une conférence nationale pour la croissance et l’emploi. Il s’agira de discuter des « priorités » du quinquennat. Au cours de la campagne, le nouveau président s’est prononcé pour la suppression de la TVA sociale, un « coup de pouce » au SMIC, une augmentation de l’allocation de rentrée scolaire, le blocage des prix des carburants pendant trois mois, même si M. Sapin, chargé du projet présidentiel pendant la campagne, a dit que ce blocage n’était pas opportun en l’état actuel des choses en raison de l’amorce d’une baisse des prix à la pompe, l’encadrement des loyers, une tarification progressive de l’eau de l’électricité et du gaz.

    Avec le Front de gauche, nous pouvons pousser à partir de cela en prenant appui sur les luttes dans les entreprises et sur la demande d’une forte revalorisation du SMIC, sans couper ce débat des questions relatives à l’emploi et à la formation. Il ne s’agit pas de s’en tenir à un simple relèvement du SMIC, puisque l’on propose une revalorisation de tous les salaires dans le cadre d’une conférence sur les salaires et l’emploi que F. Hollande lui-même a évoquée.

    Le nombre de demandeurs d’emploi sans activité a atteint 2,8 millions fin mars en métropole (3,1 millions pour la France entière). Au total, avec ceux exerçant une activité réduite, la France compte 4,5 millions de demandeurs d’emploi (+6% en un an).

    Le nouveau gouvernement, il faut bien mesurer cela, va être très rapidement confronté à la conjoncture avec la menace d’une récession, y compris en France, la poursuite de l’aggravation du chômage, notamment chez les jeunes et les seniors, et le risque d’une explosion des licenciements après plusieurs mois de demande de rétention des « plans sociaux » par Sarkozy pour cause de campagne électorale. Dans l’immédiat des problèmes très importants vont ressurgir sur les dossiers prétendument « réglés » ou laissés en souffrance par Sarkozy : Lejaby, Fralib, Pétroplus, SNCM, Arcelor... sans parler des gros dossiers sectoriels comme celui de l’industrie automobile ou celui de la construction navale.

    Le nouveau président a proposé : des contrats de génération avec baisse des cotisations sociales patronales, des contrats d’avenir « pour faciliter l’insertion des jeunes dans l’emploi(,,) en priorité dans les quartiers populaires », 60 000 emplois dans l’éducation nationale, mais à budget constant, c’est à dire au prix de la suppression de 60 000 emplois ailleurs dans les services publics, la mise en place de « la sécurisation des parcours professionnels » , mais avec « le financement de la formation concentré sur les publics les plus fragiles, les moins formés et les chômeurs », ce qui paraît très restrictif, un « coup d’arrêt à la procédure de RGPP et à l’application mécanique du non remplacement d’un fonctionnaire sur deux » et lancement, dés 2012, d’un « cycle de concertation syndicale avec les organisations de la fonction publique ».

    Là encore, on peut s’inscrire dans une bataille constructive avec notre programme, nos propositions de loi, je pense par exemple, puisqu’il est beaucoup question des jeunes, à la proposition de loi cadre, déposée en décembre dernier par Marie-George Buffet, visant à permettre aux jeunes de prendre en main leur avenir, ou encore à la sécurisation des parcours professionnels ; à un droit de veto suspensif des CE et des délégués du personnel sur les décisions de suppression d’emplois des patrons et un droit de contre-proposition ; à l’interdiction des « licenciements boursiers », particulièrement si l’entreprise qui licencie verse aussi des dividendes. Nous avons de quoi dire.

    Il est indispensable d’avancer sur l’idée de la concertation syndicale sur la fonction publique, les services publics, leurs missions au service de toute la population en mettant en avant la nécessité de faire progresser l’emploi public et pas seulement dans l’éducation nationale.

    La réforme fiscale et financière est, sans doute, l’un des enjeux les plus cruciaux et celui sur lequel les désaccords avec F. Hollande sont les plus nombreux. Nous pouvons, sur ce chantier particulièrement, nous inscrire dans une confrontation là encore positive de propositions pour faire gagner en cohérence et en efficacité les dispositions qui seront adoptées afin d’être à la hauteur des attentes populaires et des défis de la crise. On peut mettre en avant les exigences exprimées dans la tribune des économistes, soutien du Front de gauche ayant appelé à voter au second tour pour F. Hollande.

    « On compte sur vous »...

    Quand des personnes nous disent « on compte sur vous » – nous l’avons souvent entendu – ils expriment bien des choses. On compte sur vous, les communistes, le Front de gauche, pour continuer à nous donner de l’espoir. On compte sur vous pour continuer à faire du neuf à gauche et en politique avec le Front de gauche. On compte sur vous, aussi, pour prendre vos responsabilités dans la nouvelle période qui s’ouvre. Ils nous disent aussi « ne nous laissez pas tomber ». Tout cela nous place devant de grandes responsabilités. Il faut à la fois ne pas décevoir et n’alimenter aucune illusion qui pourrait très vite se retourner contre nous. Notre ambition est la mise en œuvre du programme l’Humain d’abord tout en étant présents, disponibles, sous la forme dont décideront les communistes lors d’une conférence nationale après le second tour des élections législatives, pour aider à tout ce qui pourra aller dans la bonne direction. De la composition de la future majorité de gauche à l’Assemblée nationale dépendra la qualité des lois qui y seront votées. Tout au long de sa campagne, François Hollande n’a cessé de répéter qu’il ne changera pas son programme. Mais le nouveau président est aujourd’hui face à un désir de vrai changement progressiste. Il devra en tenir compte d’une manière ou d’une autre.

    Un groupe du Front de gauche largement renforcé, en lien avec les mobilisations populaires, les luttes, les assemblées citoyennes, sera un atout déterminant. Nous visons la réélection de tous les sortants communistes, apparentés, PG et FASE, et l’augmentation de ce nombre en plaçant le candidat Front de gauche en tête de la gauche dans plusieurs dizaines de circonscriptions. Dans certaines de ces circonscriptions où le danger de triangulaire menace la gauche, nous faisons la proposition de conduire le combat au nom de toute la gauche.

    Concernant le danger FN aux prochaines législatives, nous sommes en discussion avec le PS et les Verts à propos d’une quarantaine de circonscriptions où le risque est réel d’une élimination de la gauche au premier tour. Nous serions souvent dans ces circonscriptions devant un choix tragique entre le candidat de droite et celui de la droite extrême. Nous cherchons donc à aboutir à un accord au cours de ce week-end. Nous avons la responsabilité commune de ne pas priver l’électorat de gauche de la présence d’un candidat de l’une des formations de gauche. Au cours de l’élection présidentielle, nous nous sommes sentis bien seuls dans ce combat contre le FN. C’est pourquoi, en faisant respecter la place de chaque formation, nous sommes prêts bien évidemment à prendre toutes nos responsabilités. Nos valeurs et nos combats nous placent en première ligne de cet affrontement.

    Concernant Jean-Luc Mélenchon, notre candidat commun à l’élection présidentielle, sa présence dans la bataille des législatives participera à la dynamique politique et collective. Plusieurs possibilités ont été examinées, en relation à nos fédérations. C’est le cas de Hénin-Beaumont où la gauche a rassemblé 60% des voix le 6 mai, une gauche qui a besoin de faire du neuf, mais où la présence de Marine Le Pen et de sa propagande, relayée un peu trop complaisamment encore, prétend s’approprier le vote ouvrier. Consultés par le secrétaire national du Parti, Pierre Laurent, les camarades de la circonscription et notre candidat Hervé Poly estiment que cette candidature permettrait de relever le défi pour la gauche dans le cadre d’une campagne où les questions sociales seront très présentes.

    Faire réussir la gauche

    Nous sommes candidats à faire réussir la gauche, donc à dire ce que nous croyons juste et ce qui ne va pas, à le dire avec les citoyennes et les citoyens, car la gauche ne saurait gouverner sans le peuple. Prenez le pouvoir, c’est d’autant plus d’actualité que Sarkozy est parti. Notre engagement lors de l’élection présidentielle a été clair et il a été entendu : nous ne participerons pas à un gouvernement qui n’aurait pas sur sa feuille de route une rupture avec les politiques d’austérité, une alternative de progrès aux logiques inscrites dans le nouveau traité budgétaire européen qui conduisent à l’échec. Le nouveau traité n’est pas seulement une impasse tragique pour l’Union européenne, il est aussi une camisole de force qui ne permettrait pas la mise en œuvre d’une véritable politique de gauche à l’échelle de notre pays. Sitôt passé le deuxième tour des élections législatives, nous aurons tout de suite à évaluer la nouvelle situation politique et les nouveaux rapports de forces politiques, à évaluer aussi de l’évolution des choses autour du traité budgétaire européen, à décider de notre positionnement et de nos initiatives dans ce contexte ; nous aurons également à répondre à la question d’une éventuelle participation au nouveau gouvernement que François Hollande et le premier ministre composeront au lendemain des élections législatives.

    Nous avons décidé, vous le savez, lors du dernier Conseil National, de consulter les communistes et d’organiser sur cette question une Conférence Nationale ; il est évident que cette consultation devra se tenir dans des délais très rapides, au tout début de la semaine qui suivra le deuxième tour . Le processus pourrait donc être le suivant : le Conseil National se réunira dès le lundi 18 juin au matin, de 9h30 à 13heures : il discutera et adoptera en fin de matinée une courte résolution précisant notre orientation et les premières initiatives de notre parti dans la situation politique nouvelle : cette résolution comportera une proposition précise sur la question de la participation de notre parti au gouvernement. Cette résolution adoptée sera envoyée aux fédérations dès 13heures : les fédérations organiseront sur leur territoire, le lundi 18 et le mardi 19, des assemblées générales de communistes et des conseils départementaux pour en discuter.

    La conférence Nationale se réunira le mercredi 20 de 10h à 16h 30, et pourrait être suivie d’un meeting militant.

    La conférence Nationale, pour rappel , est composée des membres du CN, des parlementaires (dont nous espérons qu’ils seront particulièrement nombreux à l’issue des législatives ) et de délégués des fédérations désignés par les conseils départementaux. Une répartition des délégués, avec leur nombre par fédération, sera envoyée dans les tous prochains jours ; les Conseils départementaux pour tenir compte des délais très courts et pour des raisons pratiques évidentes, sont invités à les désigner avant le 18 juin pour pouvoir organiser dans les meilleures conditions possibles cette conférence.

    Après les élections législatives, il nous faudra établir le bilan de la séquence électorale tout en réfléchissant à la manière de donner un nouvel élan au Front de gauche, une nouvelle feuille de route avec des objectifs précis, un haut niveau d’ambition tant sur les contenus de nos batailles politiques que sur notre conception du rassemblement, des mobilisations. Une chose est sûre, nous avons tout à gagner à ne pas nous fixer des plafonds, des limites. Tout à gagner à ne pas renvoyer à plus tard ce qui doit nous mobiliser dès à présent. Tout à gagner « à aller à l’idéal et de comprendre le réel », selon la belle formule de Jaurès. Tout à gagner pour les élections législatives du mois prochain en étant les plus rassembleurs pour assurer et garantir à la gauche les moyens de réussir le changement. A toutes et tous, bonne campagne.


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