• Jean-Luc Mélenchon en meeting à Montpellier, le 8 février 2012.

    Jean-Luc Mélenchon en meeting à Montpellier, le 8 février 2012.AFP/PASCAL GUYOT

    Montpellier, envoyé spécial - Précédé de quelques musiciens, Jean-Luc Mélenchon a fendu une foule compacte pour rejoindre la tribune. Selon le Front de gauche, ils étaient 8 000 réunis, mercredi 8 février, au parc des expositions de Montpellier. Il y a des jeunes et des plus vieux, des drapeaux du Parti de gauche et du Parti communiste (PCF), ceux qui ont arrêté leur choix, ceux qui hésitent toujours et d'autres encore qui sont venus par curiosité.

    Dans une interview accordée à Midi Libre, mercredi, le candidat du Front de gauche à la présidentielle assurait avoir des chances d'être au second tour de la présidentielle. Peu sont aussi optimistes, mais tous espèrent que M. Mélenchon arrivera à faire entendre la voix de la gauche de la gauche dans la campagne présidentielle. "Il faut être réaliste, Mélenchon ne sera pas au second tour", reconnaît André, un militant de longue date du PCF. L'enjeu, estime-t-il, est d'engranger le plus de voix possible – pourquoi pas "un score à deux chiffres"– pour faire infléchir la position de François Hollande.

     

    "Chaque point que Mélenchon gagnera au premier tour éloignera le PS de la tentation du capitalisme", renchérit Albert, un autre "vieux de la vieille" du PCF. Albert, 72 ans, est agréablement surpris du tour que prend la campagne de M. Mélenchon. Il était plutôt sceptique quand son parti a décidé de ne pas présenter de candidat. "Cet accord électoral a été un crève-cœur pour moi. On a avalisé le fait que le PCF était politiquement mort", regrette ce retraité de la fonction publique. Le candidat du Front de gauche l'a tellement convaincu qu'il "en a oublié que [ce dernier] avait été pendant des années et des années un cadre du PS".

    "Aux meeting de Marie-Georges [Buffet], il n'y avait que des têtes blanches. Ça fait plaisir de voir qu'ici, la moitié de l'assistance est composée de jeunes gens. Ma génération, c'est terminé et c'est déjà une grande victoire pour Mélenchon et pour la gauche d'avoir réussi à fédérer une partie de la jeunesse", se réjouit-il.

    UN "COURS MAGISTRAL" SUR LES MÉCANISMES DE L'UNION EUROPÉENNE

    Parmi les plus jeunes, beaucoup assistent à l'un de leur premier meeting politique. Manuel a 20 ans. Au printemps, il élira pour la première fois un président de la République. Celui qui n'avait pas encore eu l'occasion de voir son candidat à la tribune est emballé "par la fermeté de son discours, par l'aura de cet homme qui renonce au renoncement".

    Il pense à s'engager au Parti de gauche, voire dans la campagne. "Les derniers développements de la crise économique donnent raison à Mélenchon sur toute la ligne", explique-t-il avec enthousiasme. Il précise : "Face à un capitalisme toujours plus féroce, on n'a pas d'autre choix que de mettre l'humain d'abord. C'est peut-être un slogan, mais je suis convaincu que c'est la seule chose à faire pour que l'on reprenne la main sur ce monde qui nous échappe."

    A la tribune, le candidat du Front de gauche s'est lancé dans une explication des mécanismes de l'Union européenne (UE) qui, assure-t-il, ôtera aux Etats leur capacité à agir de leur propre chef. Le discours est technique et l'auditoire se dissipe quelque peu. Tous ne sont pas certains qu'un meeting est le lieu pour un tel "cours magistral".

    Marion, plus convaincue que jamais par M. Mélenchon, n'est pas de cet avis : "C'est important qu'il ne prenne pas les gens pour des bœufs ! La finance en général, c'est quelque chose que l'on refuse d'expliquer au peuple. Mélenchon a le mérite d'aller au charbon pour expliquer ce qui concerne tout le monde, il fait appel àl'intelligence de chacun plutôt qu'à une idéologie."

    ILS SONT NOMBREUX À NE PAS VOULOIR ENTENDRE PARLER DE VOTE UTILE

    Hakim, lui, est toujours indécis. Il votera à gauche, c'est sûr. Mais il a été "traumatisé par le 21 avril 2002" et l'arrivée de Jean-Marie Le Pen au deuxième tour de la présidentielle. Il est tenté par un "vote de raison" pour le candidat le mieux placé dans les sondages, mais plus la campagne avance, plus il regrette la "frilosité" de François Hollande quant à la "mise au pas de la finance". Il reprend à son compte la pique de M. Mélenchon adressée au candidat PS qu'il a accusé de s'y attaquer "armé d'un pistolet à bouchon".

    Jean-Marc le précède dans la queue de la buvette et tente de le convaincre : "Les sondages se suivent et se ressemblent ; Hollande a une avance confortable. Alors, crois moi, camarade,si tu veux voter utile, vote Mélenchon !" Ils sont nombreux ici à ne pas vouloir entendre parler de vote utile.

    "J'ai 28 ans et j'ai toujours voté PS, sans conviction", déplore Marie, employée de bureau à Montpellier, qui glissera un bulletin Mélenchon dans l'urne. "Quand je vois l'état du PS dans la région, je ne suis pas fière de moi", ajoute-t-elle en référence aux malversations financières présumées de l'ancien président de la fédération de l'Hérault, Robert Navarro. Bien qu'exclu du PS, ce dernier est membre de l'équipe de campagne de François Hollande. "Quand on a l'ambition de diriger la France, on fait attention à ses fréquentations", conclut Danièle qui a quitté le PS pour le PCF dans les années 1980 et qui se réjouit " qu'une force soit en train de se reconstruire ".

    Jonathan Parienté


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  • Assemblée nationale

    Deuxième séance du jeudi 2 février 2012

    Made in France : André Chassaigne répond à Chritian EstrosiM. le président. La parole est à M. André Chassaigne.

    M. André Chassaigne. Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, après avoir lu cette proposition de résolution, j’ai tenté de comprendre le sens de la démarche qui a conduit à son dépôt. Naïveté ? Hypocrisie ? Révélation divine ? Schizophrénie ? Ce texte est-il « un brimborion hétéroclite, détail perdu d’un ensemble tronqué », pour citer Alexandre Vialatte ? S’agit-il d’un os à ronger ?

    Connaissant le nom des cosignataires, tous membres de la majorité présidentielle, je penche plutôt pour un petit coup politique destiné à tenter de faire passer la pilule de dix années d’abandon industriel. Une industrie laminée par dix ans de laisser-faire, avec, à la clé, plus de 700 000 emplois industriels perdus. Une industrie laissée pendant dix ans à l’appétit insatiable des financiers, sans que jamais le Gouvernement y trouve à redire.

    Voilà pourtant que, soudainement, la thématique du « produire français » revient sur le devant de la scène. Soigneusement présentée en bel objet de campagne électorale, elle doit cristalliser toutes les attentes.

    Au-delà des intentions qui ont conduit au dépôt de ce texte – et que nous pouvons tous partager –, force est de constater que la nécessité, pour le pays, de restaurer une véritable capacité industrielle a été terriblement compromise par la politique de la majorité. Je me souviens des discours gouvernementaux qui, notamment en 2007, exaltaient le tertiaire et les services, présentés comme les nouveaux secteurs porteurs, et les politiques d’externalisation des grands groupes. Cette politique a, certes, été très efficace en termes de croissance financière et de niches de profit, mais elle a été désastreuse pour l’emploi et le tissu des PME dans nos territoires.

    Est-il besoin de rappeler les beaux discours que le Président de la République, lorsqu’il n’était que ministre des finances, a tenus sur la production nationale, à l’intention des salariés d’Alstom, de Facom – qui, depuis, a délocalisé – ou de Sediver, qui a été liquidée ? Quant aux envolées du ministre candidat à Gandrange, en 2007, nous en connaissons tous la conclusion. Remarquable réussite du « Fabriqué en France » !

    Et que dire des salariés de Fralib, qui ne souhaitent qu’une chose, pouvoir « produire français », mais qui ne trouvent manifestement pas un appui suffisant auprès du Gouvernement pour faire reculer une transnationale comme Unilever qui, en dépit d’une santé financière florissante, a fait le choix de la délocalisation pour engranger toujours plus de profit.

    Que dire d’Arkema, né de la réorganisation de la branche chimie de Total, puis vendu, en novembre 2011, à un aventurier de la finance et qui fait aujourd’hui l’objet d’un plan social déguisé concernant 1 780 salariés en France ?

    Que dire des 1 650 licenciements de la Comareg-Hebdoprint ?

    Que dire des 305 salariés Merck-Organon, à Eragny-sur-Epte, dont les activités de production d’insuline sont indispensables à l’indépendance de la France en matière de traitement des malades du diabète ?

    Que dire de M-Real, seule entreprise de France à produire des ramettes de papier, et de ses 330 salariés dans l’attente d’une solution industrielle ?

    Que dire des 114 salariés d’Hélio-Corbeil? Des 140 salariés de Preciturn, à Thiers, et de tant d’autres ?

    Les discours sont une chose, mais les chiffres sont têtus. Chers collègues de la majorité, les mots peuvent nous unir ; les actes nous divisent.

    L’industrie ne représente plus en France que 13 % de la création de richesses, contre 18 % au début de la décennie. En trente ans, la France est passée de 5,3 millions d’emplois industriels à 3,4 millions. L’an dernier, 72 000 emplois ont encore été supprimés.

    Je vous invite à méditer cette phrase de Bossuet : « Dieu se rit de ceux qui déplorent les conséquences de faits dont ils chérissent les causes. »

    La proposition de résolution ne concerne pas uniquement l’industrie ; son exposé des motifs fait également une large place à la question de l’origine des produits agricoles. Là encore, cela prête à sourire. En effet, depuis cinq ans, chaque fois qu’un projet de loi relatif à l’agriculture a été examiné, j’ai défendu, par voie d’amendement, l’obligation de faire figurer leur origine sur l’ensemble des produits alimentaires, y compris les produits transformés ; chaque fois, je me suis heurté au refus de la majorité et du Gouvernement.

    Il y a quelques semaines encore, lors de l’examen du projet de loi sur le renforcement des droits, de la protection et de l’information des consommateurs, j’ai défendu cette exigence, précisant que la loi portant modernisation de l’agriculture et de la pêche avait introduit la possibilité de faire figurer l’indication du pays d’origine pour les produits agricoles et alimentaires et pour les produits de la mer, à l’état brut ou transformé, mais que cette disposition facultative n’avait pas trouvé de traduction réglementaire pour l’ensemble des produits concernés. Or cette obligation permettrait aux producteurs français d’être assurés de l’indication de l’origine de leur production ; nous disposerions ainsi d’un levier contre la spéculation sur les produits alimentaires. Las ! le rapporteur et le ministre m’ont répondu que ma proposition « heurtait de plein fouet le principe de libre circulation des marchandises, au cœur du marché unique européen », que « la règle qui prévaut est le principe de non-discrimination et que si nous […] adoptions [cet amendement], nous aurions un texte contraire au droit européen, donc illégal et inapplicable. » Et le rapporteur d’ajouter : « Malheureusement, l’instauration d’une obligation générale est contraire au droit communautaire. »

    M. Jacques Myard. C’est pourquoi c’est une proposition de résolution qui a été déposée !

    M. André Chassaigne. Aussi, je m’interroge. Quelle peut-être la légitimité d’une proposition de résolution comme celle que vous nous soumettez après un tel massacre industriel et après votre refus constant, tout au long de la législature, de porter le fer quand l’occasion s’en présentait ? (Exclamations sur les bancs des groupes UMP et NC.)

    Toutefois, je ne vous cacherai pas que ce texte m’a procuré un réel plaisir, celui d’avoir eu en quelque sorte raison avant tout le monde. À ce propos, dois-je rappeler que le « Produisons français ! » fut, dès le début des années 1980, un axe majeur des propositions du PCF, qui, fit alors l’objet de procès à répétition en chauvinisme, en xénophobie et en obsessions patriotardes, et qui fut définitivement condamné en tant qu’analphabète de la mondialisation ? Quel retournement de conscience pour tous ceux qui nous raillaient, à l’époque ! Seraient-ils soudainement devenus – quelle horreur ! – plus communistes que les communistes ?

    J’ai le même sentiment lorsque je vous entends vous ériger en bons élèves, demandant que la Commission européenne reconnaisse que le marquage de l’origine des produits n’est pas incompatible avec le principe de libre circulation et ne constitue donc pas une entrave aux échanges. Depuis des années, en tant que député de Thiers, j’ai multiplié, à la demande de la fédération française de la coutellerie, les interventions auprès du Gouvernement pour obtenir le marquage d’origine des produits de la coutellerie. Pas une fois nous n’avons eu le sentiment d’être écoutés ni, a fortiori, accompagnés.

    Voilà que me reviennent en mémoire les arguments utilisés, en 2005, en faveur du « oui » au référendum sur le traité constitutionnel européen, lequel ne visait qu’à imposer partout, quelles qu’en soient les conséquences pour les activités industrielles et agricoles de nos pays, le respect du sacro-saint principe de la concurrence libre et non faussée. Chers collègues de la majorité, n’étiez-vous pas, à l’époque, d’ardents défenseurs de ce traité ?

    M. Jacques Myard. Oh !

    M. André Chassaigne. Ne louiez-vous pas les joies et les mérites de la libéralisation et de la déréglementation ? Toujours est-il que, contrairement à nous, vous avez essuyé le refus légitime et éclairé du peuple, dont vous vous êtes empressés, en 2007, de bafouer le vote, en adoptant le traité de Lisbonne aux forceps, dans un superbe exercice de renoncement à nos principes républicains.

    Défendre le « produire français », ce n’est pas sauter sur sa chaise comme un cabri, en criant : « produire français ! produire français ! ».

    M. Pascal Brindeau. Excellente référence !

    M. André Chassaigne. Ce n’est pas non plus se positionner, à coups de bas salaires et de dérégulation, sur des marchés éphémères à haut taux de profit, âprement disputés.

    Défendre le « produire français », c’est d’abord reconstituer un véritable appareil productif, un maillage de PME et de grandes entreprises en coopération. Oui : en coopération, plutôt que soumis au diktat de la rentabilité financière imposé par les actionnaires des grands groupes et les exigences des marchés financiers, qui étranglent les entreprises sous-traitantes, comme nous le constatons tous dans nos territoires.

    Pour défendre le « produire français », il faut développer et rétablir le potentiel industriel dans l’ensemble de nos territoires. Il nous faut reconstruire un tissu industriel diversifié, parce que notre pays compte encore des savoir-faire nombreux. À cette fin, il est indispensable de revoir fondamentalement la politique de nos institutions bancaires, en imposant aux banques le financement, à des taux d’intérêt faibles, de projets favorables à la création d’emplois, à la formation et aux investissements productifs et novateurs. Je ne compte plus les chefs d’entreprise, de PME ou de TPE, qui me disent qu’ils ne tiennent plus, à cause de taux d’intérêt qui dépassent aujourd’hui 6 %, voire 8 %, et encore : quand les banques veulent bien leur accorder ces prêts !

    Nous devons également moduler l’impôt sur les sociétés et le taux des cotisations sociales, afin d’inciter les entreprises à développer la valeur ajoutée, les salaires et l’emploi, en pénalisant les entreprises qui délocalisent, qui développent leurs placements financiers ou prennent prétexte des nouvelles technologies pour supprimer des emplois et dégrader les conditions de travail.

    Par ailleurs, nous avons besoin d’une politique ambitieuse en matière de recherche fondamentale et appliquée, qui ait d’autres objectifs que le profit à court terme. Pour ce faire, une politique de formation et de qualification, donc de hausse des salaires, est nécessaire. Bref : le contraire de la politique d’austérité de Nicolas Sarkozy.

    Pour produire français et acheter français, il faut du pouvoir d’achat : il faut donc augmenter les salaires.

    Ce sont ces propositions indispensables que le Front de gauche avance pour favoriser de façon concrète le redressement industriel dont notre pays a besoin. Mes chers collègues de la majorité, vous comprendrez qu’au regard de votre passif dans ce domaine – et il est lourd – et de l’absence de mesures fortes accompagnant vos louables intentions,…

    M. Louis Giscard d’Estaing. Ah !

    M. André Chassaigne. …nous préférerons nous abstenir sur cette proposition de résolution.

    http://www.assemblee-nationale.fr/13/cri/2011-2012/20120115.asp


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  • 307123_2617153509717_1281490029_4791489_1055165274_n.jpg

    Pour François Hollande le scénario était simple. Il comptait sur l'anti-sarkozysme pour une alternance a minima qui lui éviterait de s'engager sur des mesures précises ni sur ses futures alliances. Hollande jouait au centre. Il est aujourd'hui débordé par le rejet grandissant des marchés et de la financiarisation, par un mouvement populaire où restent encore vivace la bataille pour la retraite à 60 ans et la victoire du NON au TCE. Il assiste médusé à l'irruption du Front de gauche et de son candidat Jean-Luc Mélenchon. L'écho de la soudaine fenêtre médiatique dont nous avons disposé sur France 2 est confirmé et amplifié par des meeting remplis à craquer (encore 4.500 personnes à Besançon, un record dans cette ville), où se presse une foule nouvelle et enthousiaste. Tout ceci a déjà commencé à bouleverser la donne. À trois mois du vote, voilà maintenant François Hollande dans son meeting du Bourget obligé de désigner le monde de la finance comme son principal adversaire. Tant mieux !


    Évidemment nous ne sommes pas dupes ! « On ne combat pas la finance avec un pistolet à bouchon » a rappelé Jean-Luc Mélenchon à Besançon en pointant que la proposition socialiste de la création d'une tranche d'imposition supplémentaire à 45% était largement inférieure à ce qui avait été mis en place sous le gouvernement de droite de Jean-Pierre Raffarin.
    A nous de pousser l'avantage. Le débat que nous avons demandé il y a plusieurs mois et qui a été refusé à gauche par le candidat socialiste aura finalement lieu. Il s'imposera démultiplié. C'est sur les marchés, devant les portes des entreprises, en bas des cages d'escalier qu'il nous faut convaincre que notre peuple n'a rien à gagner à se résigner à l'austérité, qu'il y a besoin d'une majorité qui affronte les marchés et l'Europe de la finance. Cela repose d'abord sur la mobilisation populaire de tous ceux qui ont été mis à l'écart du système politique ces dernières années. Le système médiatique dominant les invite à trouver résidence politique chez Le Pen ? C'est le Front de Gauche qui est en train de gagner leurs cœurs.

    http://ber60.over-blog.com/


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  • Aujourd'hui débute ce que le gouvernement appelle un "sommet social". Il s'agit pour lui de l'une des dernières occasions de poursuivre son travail de destruction du modèle social français.

    Lutter contre le chômage. Tel était l'argument imparable que le gouvernement et Sarkozy avaient donné pour imposer ce sommet social.

    Avec un capitalisme qui continue d'enfoncer les économies et les états dans la crise, ce sommet social s'est parait-il transformé en sommet contre la crise. Car, on l'aura bien compris, l'idée de la droite va être de faire passer l'idée que les travailleurs vont devoir être encore moins chers et moins protégés, en clair plus "compétitifs", pour pallier à la perte d'un triple A attribué par ceux-là même qui sont à l'origine de la crise, j'ai nommé les marchés financiers.

    Comme d'habitude, Sarkozy use de la rhétorique pour faire avaler cette nécessité de réformes à la hussarde. La rhétorique, c'est de faire une affirmation qu'on ne peut pas contredire et d'avancer des questions auxquelles tout le monde (ou presque) aurait envie de répondre oui.

    Il déclarait ainsi, mardi dans l'Ariège : "est-ce que la société française fait le choix de l'emploi, donc de la croissance, donc de la compétitivité ? Ou est-ce que la société française fait le choix du court terme". Sous entendu : ce que je prône, c'est pour l'emploi et la croissance et quiconque s'y oppose, à commencer par les syndicats, c'est de l'immobilisme qui mène à la catastrophe.

    A sa façon, avec son gouvernement, Sarkozy accélère les calendriers et détournent les questions. Au final, le problème n'est pas de savoir s'il faut faire évoluer la France mais plutôt : dans quel sens ? Et, sur ce point, avec Sarkozy, il n'est jamais possible de discuter !

    De nouveaux reculs des droits des travailleurs

    Au final, ce que prépare la droite avec ce sommet social, c'est une nouvelle série de mesures pour réduire encore un peu plus les protections des travailleurs, notamment la durée du temps de travail, et piocher un peu plus dans ce qu'il reste de leurs revenus.

    Sous l'argument des milliers de fois utilisé de renforcer la compétitivité, la droite avance toujours un peu plus vers l'instauration de sa TVA sociale. "La question maintenant se pose de diminuer le poids des charges sociales", disait encore mardi Nicolas Sarkozy. Jamais le bilan des baisses de charges précédentes n'est fait, ni en termes d'emplois créés ou maintenus, ni en termes de coûts pour les comptes de l'Etat et les caisses de la Sécu !

    La baisse des charges des entreprises n'est pas une solution facile utilisée par les gouvernements successifs, c'est un choix politique délibéré pour permettre que les grosses entreprises économisent des sommes considérables qu'elles peuvent ensuite redistribuer à leurs actionnaires. Charge aux contribuables ou aux consommateurs, qui sont majoritairement les travailleurs, de compenser ces allègements, via les impôts ou les taxes !

    Dans le même ordre d'idées, le développement des "accords compétitivité-emploi" est une façon de contourner les 35 heures pour donner plus de flexibilité aux entreprises, en clair imposer des allongements d'horaires aux travailleurs sans les rémunérer avec les avantages des heures supplémentaires !

    La présidente du Medef, Laurence Parisot, ne s'y trompe pas et a proposé l'ouverture "d'une négociation rapide" sur ce sujet avec les syndicats.

    A moins de 100 jours des élections présidentielles, la droite et le patronat tentent d'accélérer leur programme de contre-réformes sociales. Leur crainte serait que les élections à venir, Présidentielles et Législatives, amène au pouvoir une majorité nouvelle beaucoup plus sensible aux pressions du peuple que l'actuelle, qui n'écoute que le Fouquet's et les agences de notation privées.

    Malgré les sondages, impossible de connaître ce que sera le résultat des élections de cette année.

    Ce qui est sûr, c'est que pour contrebalancer cette dérive libérale économiquement, liberticide socialement et raciste idéologiquement, le seul vote utile sera de choisir pour une gauche réaliste, force de proposition, mais une gauche qui assume son Histoire et ses idées, celles de la Révolution de 1789, de la Commune de Paris, du Front Populaire et de la Résistance, une gauche combative, celle que souhaite incarner le Parti communiste avec ses partenaires du Front de Gauche.


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  • 100 jours pour faire la différence

    OPERATION VERITE SUR LES CANDIDATS

    À l'heure où la confusion est entretenue sur les projets des candidats et leur contenu occulté, nous avons compilé et confronté les mesures phares des principaux candidats à l'élection présidentielle sur huit thèmes au cœur de l'actualité.
     
    Une campagne marquée par le flou des programmes », titrait récemment un quotidien du soir, qui se demandait « où sont les projets, les propositions, les listes de mesures à prendre d'urgence ».

    Eh bien, les voici. L'Humanité les a compilés en allant chercher dans le tréfonds des programmes des candidats ou de leurs partis, dans leurs déclarations publiques.

    Bien sûr, ce travail ne prétend pas à l'exhaustivité, loin s'en faut. Les thèmes retenus ne font pas le tour des enjeux électoraux du printemps prochain.

    Et pour chacun d'entre eux, nous n'avons pas pu inclure toutes les propositions des candidats.
    Celles-ci sont plus ou moins étoffées ou finalisées, les candidats ne s'étant pas tous déclarés, à l'instar de Nicolas Sarkozy qui entend se tenir à l'abri de sa stature présidentielle aussi longtemps qu'il le peut.

    Mais la compilation que nous avons effectuée montre que ces projets ne sont pas si "flous" qu'on veut bien le dire.

    Qu'en tout cas, se dégagent de grandes orientations qui en disent parfois plus long que des catalogues de propositions.

    Simplement, la confrontation démocratique se trouve occultée, reléguée à l'arrière-plan de la scène médiatique par le jeu des petites phrases et des mesures spectaculaires distillées au compte-gouttes, brouillant la cohérence des programmes.
    Un jour la TVA sociale, un autre, la suppression du quotient familial... Nous avons pris un autre parti : celui de faire, comme en 2005 avec le traité constitutionnel européen ou avec le projet de traité Sarkozy-Merkel, la lumière sur le contenu réel de ces projets. Pour redonner du sens à la campagne, à cent jours du premier tour de l'élection présidentielle.

    EMPLOI

    JEAN-LUC MELENCHON, FRONT DE GAUCHE

    L'objectif du Front de gauche est d'éradiquer le chômage et la précarité. En plus d'un statut social et d'un système d'allocations pour tous les jeunes permettant leur autonomie et d'une Sécurité sociale professionnelle, il propose de réaffirmer le CDI comme la norme du contrat de travail, d'interdire les licenciements boursiers et de garantir de nouveaux droits aux salariés dans la gestion de leur entreprise. À propos de l'industrie, Jean-Luc Mélenchon, devant les salariés de Petroplus, a prôné la création de « visas sociaux et environnementaux sur toutes les marchandises qui entrent en Europe », pour empêcher le dumping social et les délocalisations.

    NICOLAS SARKOZY, UMP

    Le parti présidentiel est muet sur la question. En revanche, il pointe spécialement les demandeurs d'emploi. La principale injustice en la matière, de son point de vue, est le fait que les plus modestes puissent toucher à deux autant qu'un travailleur au Smic. La solution au chômage est, en conséquence, « la baisse de l'assistanat ». À propos de ré industrialisation, il est proposé de « repenser en profondeur la fiscalité de l'épargne pour la concentrer sur les placements longs en actions qui permettront d'apporter à l'industrie les fonds propres dont elle a besoin ». « Produire en France ? » Petroplus illustre l'ambition.

    EVA JOLY, EUROPE ÉCOLOGIE-LES VERTS

    « La ré industrialisation de nos territoires, dit le programme d'Europe Écologie-les Verts, est une nécessité pour lutter à la fois contre le changement climatique, la mise en concurrence internationale de salariés et le dumping social et environnemental. Inverser la tendance, c'est relocaliser et créer des emplois nouveaux et de qualité en s'appuyant davantage sur une spécialisation au niveau territorial, sur le réseau d'entreprises intermédiaires, sur les circuits courts. Les secteurs stratégiques de la reconversion sont l'énergie, le bâtiment, la chimie verte et le recyclage. La création d'au moins 600000 emplois par la transformation écologique de l'économie. »

    FRANÇOIS BAYROU, MODEM

    Pour développer la production en France, François Bayrou ressasse qu'il faut de la « volonté » et un « label produit en France ». Il affirme être pour le soutien de « la politique de non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux ». Le président du Modem appelle à « un assouplissement du droit du travail », qui est, selon lui, « absolument nécessaire ». Au sujet des trente-cinq heures, il parle « d'une erreur très grave ». Il propose ainsi d'engager « branche par branche, entreprise par entreprise, des négociations » pour revenir sur cette mesure phase du gouvernement Jospin et mettre fin au principe même de la durée légale.

    FRANÇOIS HOLLANDE, PARTI SOCIALISTE

    Outre le « contrat de génération », à base d'exonérations de charges, François Hollande entend « faire de la ré industrialisation de notre pays un des chantiers »de son quinquennat. « C'est le sens, dit-il, de mon projet d'une banque publique d'investissement pour appuyer les projets innovants. J'agirai en faveur du soutien au développement des PME, qui représentent ce précieux gisement d'emplois, à travers un livret d'épargne qui leur sera consacré. » Dans le public, 60000 postes enseignants seraient créés, mais sans revenir sur les 100000 postes supprimés depuis 2002. Le solde reste négatif.

    MARINE LE PEN, FRONT NATIONAL

    La candidate envisage la mise en place d'une « planification stratégique de la ré industrialisation », rattachée au premier ministre, associant universités et grandes écoles, industriels et représentants de l'État. Elle a également évoqué une contribution de « 15 % de leur résultat net » des « 50 grandes entreprises à capitalisation boursière », dans un fonds de ré industrialisation : 60 milliards d'euros... qui leur seront rendus au bout de cinq ans. En matière d'emploi, elle propose le doublement du poste « développement des entreprises et de l'emploi », soit 3 milliards en cinq ans, et le passage de 500000 à 700000 apprentis.

    SALAIRES

    JEAN-LUC MELENCHON, FRONT DE GAUCHE

    Le Front de gauche défend l'augmentation immédiate du Smic à 1 700 euros brut par mois pour 35 heures par semaine et s'engage à le relever à 1700 euros net pendant la législature. À l'autre bout de la chaîne, un salaire maximum serait instauré. Il s'agirait de limiter l'écart maximum entre salaires à un rapport de 1 à 20 et de limiter les revenus à 20 fois le revenu médian (soit 360000 euros par an) par la fiscalité.

    EVA JOLY , EUROPE ÉCOLOGIE-LES VERTS

    Mise en place d'un revenu maximum acceptable (RMA) et d'un seuil pour les hauts revenus fixé à trente fois le Smic. Revalorisation des minima sociaux de 50 % et instauration d'un revenu universel inconditionnel, individuel, garantissant à chaque citoyen un revenu décent à hauteur de 80% du Smic. Une négociation salariale entre les syndicats, patronat et État sera mise en place.

    FRANÇOIS HOLLANDE, PARTI SOCIALISTE

    Depuis la campagne de la primaire, François Hollande assure que, s'il était élu, il grèverait le salaire présidentiel de 30%. Si le projet socialiste, renvoyé aux calendes grecques afin d'adapter le programme à la situation de crise, suspendait toute augmentation à « une conférence annuelle tripartite », le candidat ne se prononce pas clairement quant aux salaires et aux minima sociaux.

    NICOLAS SARKOZY, UMP

    Le sujet est le grand absent du programme sarkozyste. Il propose « une prime versée sous forme de chèque vacances», suggère la création « d'une prime au mérite nette de charges et plafonnée », « un déblocage de fonds de participation » ainsi que « la détaxation des primes diverses versées aux salariés ». Encore ces propositions sont-elles seulement indicatives. Soumises au candidat, à charge pour celui-ci d'en décider.

    FRANÇOIS BAYROU, MODEM

    Refus d'augmenter le Smic, encouragement fiscal aux heures supplémentaires (compensées par des baisses de cotisations patronales comme il se doit), François Bayrou se distingue peu de l'UMP dans son programme. Rien sur le temps partiel contraint, par exemple. Un motif de réjouissance, toutefois : «Nous ne baisserons pas les salaires. Parce que ce ne sont pas les salaires qui expliquent notre retard face à nos concurrents allemands. » Ouf.

    MARINE LE PEN, FRONT NATIONAL

    Elle ne parle pas d'augmentation du Smic, mais pour le privé d'une « modulation de l'impôt sur les sociétés »pour inciter les entreprises à « distribuer davantage de leurs profits à leurs salariés », et la création de « réserves légales de titres » reconnaissant au personnel une part de la société, sans vote mais donnant droit aux dividendes. Dans la fonction publique, elle prévoit l'augmentation du point d'indice, « plus sensiblement pour les petits salaires ».

    RETRAITES

    JEAN-LUC MELENCHON, FRONT DE GAUCHE

    Comme lors du mouvement social de l'automne 2010, la position du Front de gauche est claire : « Nous rétablirons le droit à la retraite à 60 ans à taux plein (75 % du salaire de référence) pour toutes et tous avec la prise en compte de la pénibilité de professions particulières donnant droit à des départs anticipés. Aucun salarié ne touchera de retraite inférieure au Smic. »

    EVA JOLY, EUROPE ÉCOLOGIE-LES VERTS

    La garantie du droit au départ à la retraite à 60 ans sans décote ni surcote. Les salariés ayant exercé des métiers pénibles bénéficieront d'une durée de cotisation plus faible leur permettant de partir avant 60 ans. Il sera également possible de compenser des carrières féminines incomplètes par le maintien des trimestres gratuits et la mise en place d'une majoration par enfant à charge.

    FRANÇOIS HOLLANDE, PARTI SOCIALISTE

    En décembre, il modifiait la proposition contenue dans le projet et entérinait les réformes de 2003 et 2010, selon la CGT. « Ceux qui ont commencé leur vie professionnelle à 18 ans, quiontfait41 années de cotisation, 42 ans, pourront partir à 60ans. Ceux qui n'ont pas leur durée de cotisation, ne le pourront pas. (..Il n'y aura pas de départ possible avec décote avant 62 ans », disait-il alors en mêlant habilement âge de départ et durée de cotisation.

    NICOLAS SARKOZY, UMP

    Toute la philosophie du candidat tient dans son bilan. Un second mandat consistera à pousser la logique. Avec en particulier un âge de départ légal en permanence différé au-delà de 62 ans, une durée de cotisation calquée sur les systèmes les plus durs et un taux plein repoussé d'année en année à plus de 65 ans. Il s'agira de privilégier le recours à une épargne privée, les assurances ou les fonds de pension liés aux marchés financiers.
     
    FRANÇOIS BAYROU, MODEM

    «On ne fera pas le retour à la retraite à 60 ans. » Le président du Modem veut « un régime par points, individualisé ». Ainsi, « chaque citoyen aura acquis (...)un certain nombre de droits, différents selon les cas, selon la durée, la pénibilité du travail... À partir de ces droits, chacun décidera lui-même de l'âge de départ à la retraite et donc du montant de cette retraite ». Une retraite à la carte qui renforce les inégalités en matière de pension.

    MARINE LE PEN, FRONT NATIONAL

    Le « déséquilibre » du système de retraite, du à la démographie, sera compensé par une « politique nataliste volontariste ». Le FN propose le retour à « 40 annuités de cotisation », mais rien sur le départ à 60 ans. Il veut « fusionner «régimes de base et complémentaires, créer une « caisse séparée pour la fonction publique » et supprimer le minimum vieillesse aux étrangers « n 'ayant pas travaille et cotisé en France pendant au moins dix ans ».

    MARCHES FINANCIERS

    JEAN-LUC MELENCHON, FRONT DE GAUCHE

    « Reprendre le pouvoir aux banques et aux marchés financiers »est l'une des priorités du Front de gauche qui, à l'opposé de la logique libérale, propose une nouvelle réglementation comprenant notamment un pôle public financier pour « transformer la politique du crédit », le blocage des échanges de capitaux avec les paradis fiscaux, une réorientation de la Banque centrale européenne « pour lui permettre de prêter à taux faibles, voire nuls, directement aux Etats ».

    EVA JOLY, EUROPE ÉCOLOGIE-LES VERTS

    Favorables à une taxe sur les transactions financières, les écologistes proposent un pôle bancaire public adossé a minima à la Banque postale et un pôle financier public à la Caisse des dépôts et à la banque Oseo. Lutter contre les paradis fiscaux, limiter la capacité des fonds spéculatifs à s'endetter auprès des banques, séparer « banque d'affaires »et banque de dépôt... Autant de propositions pour « libérer l'économie de la finance».

    FRANÇOIS HOLLANDE, PARTI SOCIALISTE

    Pour François Hollande, d'accord pour taxer les transactions financières, mais plutôt que mettre au pas les marchés financiers, le PS se propose de les contourner, par l'émission d'eurobonds (emprunts européens) et l'autorisation donnée à la BCE de financer la dette souveraine des États membres de la zone euro. Ainsi qu'une assiette commune européenne de l'impôt sur les sociétés. Pour le reste, le PS veut que la France garde son triple A.

    NICOLAS SARKOZY, UMP

    Nicolas Sarkozy prétendait « moraliser les marchés financiers ». Le programme de l'UMP ne consacre pas une seule ligne, ne serait-ce qu'à une régulation du secteur financier et bancaire, et rien sur la financiarisation pourtant à l'origine de la crise. Le candidat ressort le projet de taxe sur les transactions financières, dite Tobin, sans en préciser ni le montant, ni l'assiette. Les banques ont été sauvées grâce à des fonds publics. Sans contrepartie.

    FRANÇOIS BAYROU, MODEM

    François Bayrou n'est pas du tout dans l'optique de maîtriser les marchés financiers. Il exonère même les banques de la crise financière et estime que « ce sont les États qui ont planté les banques ». Les mesures qu'il prône dessinent un programme entièrement dédié à alimenter les profits, au détriment des dépenses sociales. Le président du Modem est ainsi partisan de nouvelles exonérations de cotisations pour les entreprises, à hauteur de 8 milliards d'euros par an.

    MARINE LE PEN, FRONT NATIONAL

    Marine Le Pen propose d'adopter « des mesures de contrôle des mouvements de spéculation des capitaux », sans détailler la façon dont ce contrôle s'effectuerait. Par ailleurs, « les banques de dépôt feront l'objet d'une nationalisation partielle » qui pourrait ne pas être définitive, pour«assainir les pratiques bancaires et sécuriser l'épargne des Français ».

    PROTECTION SOCIALE

    JEAN-LUC MELENCHON, FRONT DE GAUCHE

    « Ce financement doit être construit à partir des cotisations sur les salaires », affirme le Front de gauche, qui se prononce contre toute fiscalisation de la protection sociale et, ainsi, « aller vers la suppression delà CSG ». Estimant sur son blog que « la TVA sociale consiste à faire de la redistribution à l'envers », Jean-Luc Mélenchon propose une nouvelle cotisation sur les revenus financiers des entreprises et la modulation des cotisations patronales en fonction de leurs choix sur l'emploi et la formation.

    EVA JOLY, EUROPE ÉCOLOGIE-LES VERTS

    La TVA sociale est « une mauvaise réponse à deux vrais enjeux: élargir le financement de la protection sociale et mettre fin à là désindustrialisation de la France », selon Eva Joly. Pour élargir le financement de notre modèle social, elle propose « d'augmenter la CSG en la rendant progressive », en introduisant une plus « grande équité dans le financement, et de faire contribuer les revenus du capital, puisque l'assiette de la CSG porte sur tous les revenus et pas seulement sur ceux du travail ».

    FRANÇOIS HOLLANDE, PARTI SOCIALISTE

    Pas de TVA sociale pour le candidat, qui considère que les produits français seraient loin d'être protégés contre les produits d'importation avec un tel système. « Ce sont les ménages modestes, ceux qui consomment tout leur revenu et donc paient proportionnellement le plus de TVA, qui seront le plus touchés. » Lui, qui avait fait de la fusion de l'impôt sur le revenu et de la CSG l'un des points phares de sa réforme fiscale, semble ajourner sa proposition pour proposer un « rapprochement » des deux systèmes.

    FRANÇOIS BAYROU, MODEM

    Après s'être exprimé pour la TVA sociale, le Modem s'est ravisé et a proposé, pour le financement de la Sécu, une TVA relevée de 2 points. Plus que ce qu'a obtenu Fillon. « On l'a vu avec l'Allemagne, soutient Bayrou, une hausse de trois points, c'est relativement indolore. »Le « projet humaniste » du Modem propose « une disposition constitutionnelle visant à fixer (...)! 'équilibre des comptes de la Sécurité sociale ». Il propose d'étendre la règle d'or au-delà de ce que prévoit pour l'instant Sarkozy.

    NICOLAS SARKOZY, UMP


    La TVA sociale avait été rangée dans les tiroirs de l'Elysée, pour cause d'impopularité : en finir avec le financement fondé sur les richesses produites par le travail avec des cotisations salariales et patronales. Pour satisfaire ses amis de la finance et du CAC 40, Nicolas Sarkozy vient de ressortir le projet. Il bouscule en profondeur le financement : celui-ci reposerait essentiellement sur une augmentation de la TVA sur les produits de consommation. Les entreprises seraient exonérées.

    MARINE LE PEN, FRONT NATIONAL

    L'équilibre des comptes sociaux passe par la « priorité nationale » : la candidate veut « instaurer un délai de carence d'un an de résidence continue en France et de cotisation » avant de bénéficier de la Sécurité sociale, supprimer l'Aide médicale d'État, et créer un « observatoire des droits sociaux des étrangers ». Elle veut créer un « secrétariat d'État de lutte contre la fraude » et mobiliser dans un plan de lutte « l'ensemble des services publics caisses de Sécurité sociale, médecins, collectivités, services fiscaux) ».

    NUCLEAIRE

    JEAN-LUC MELENCHON, FRONT DE GAUCHE

    En octobre dernier, Jean-Luc Mélenchon proposait à l'ensemble des candidats de gauche « un point de convergence, la nécessité de sortir des énergies carbonées », et leur demandait, pour éviter des divisions inutiles, de soutenir la proposition du Front de gauche d'un référendum précédé d'un débat sur l'ensemble des scénarios énergétiques. Le programme prévoit également « un pôle 100 % public de l'énergie » et s'engage à programmer les investissements nécessaires à l'efficacité énergétique et à la diversification des sources d'énergie.

    EVA JOLY, EUROPE ÉCOLOGIE-LES VERTS

    Plan de transition énergétique, sortie du nucléaire et investissements dans les énergies renouvelables avec 1 million d'emplois à la clé. Sortir du nucléaire d'ici à 2031, arrêt progressif mais définitif des 58 réacteurs nucléaires et démantèlement régulier sur trente ans dès 2012. Arrêt des projets d'EPR. Dans l'accord avec le PS, les écologistes acceptent la diminution de seulement 50 % des réacteurs nucléaires et la poursuite de la construction de l'EPR de Flamanville. Enfin, refus des écologistes d'un référendum sur ce sujet.

    FRANÇOIS HOLLANDE, PARTI SOCIALISTE

    Le candidat pose quatre « principes »à la transition énergétique: l'indépendance, la sécurité, l'emploi et le pouvoir d'achat. S'il considère la sortie complète du nucléaire « irréaliste », il tente une médiation avec les écologistes en proposant de « sorti progressivement du "tout-pétrole" pour les transports et du "tout-nucléaire" pour l'électricité ». Afin de diversifier, il envisage l'incitation fiscale au développement des énergies renouvelables, de rénovation thermique du bâti et l'instauration d'un « tarif de base pour l'essentiel et d'un tarif progressif pour le confort » concernant l'électricité.

    FRANÇOIS BAYROU, MODEM

    Flou intégral quand aux étapes d'une transition énergétique, pour parvenir à l'énergie « la plus dé carbonée possible ».  Nous devons aller vers des sources d'énergies renouvelables et non polluantes d'ici quarante à cinquante ans ». indique le projet 2012. « La France doit se doter d'une autorité de surveillance indépendante », écrit-il, quand c'est déjà le cas avec l'ASN. Il prône un « débat national », sans trancher explicitement pour un référendum.

    NICOLAS SARKOZY, UMP

    « II ne peut pas y avoir de ruptures du fait d'alternances démocratiques. Il doit y a voir un consensus lorsque l'intérêt de la nation est en cause. C 'est mon rôle que de ne pas laisser dilapider l'héritage que nous avons reçu. » Pour le candidat de la droite, pas question de modifier l'équilibre entre les filières de production d'énergie. Selon lui, le nucléaire, c'est « la trajectoire de progrès, de connaissance, de recherche d'innovation et de croissance ». Tout autre choix serait « une catastrophe », « une folie ».

    MARINE LE PEN, FRONT NATIONAL

    Le FN dit vouloir faire des technologies hydrauliques, éoliennes, et des carburants verts « un recours possible et viable dans le cadre d'utilisations locales ». Parallèlement, elle soutient les programmes de recherche nucléaire (Iter, EPR) et sur les « dispositifs de sûreté nucléaire «car «maintenir l'indépendance énergétique de la France et ses bonnes performances en matière d'émission de CO2, impose de conserver l'énergie nucléaire à moyen terme ». Même si, « à long terme, il est souhaitable de pouvoir sortir du nucléaire"

    EUROPE

    JEAN-LUC MELENCHON, FRONT DE GAUCHE

    « Parce que l'Europe ne peut se faire sans ni contre les peuples, nous exigeons la convocation de référendums », écrivait Jean-Luc Mélenchon à propos du traité proposé par le duo Sarkozy-Merkel, en décembre lors d'une conférence de presse tenue avec Oskar Lafontaine. Avec la même philosophie, le Front de gauche estime nécessaire de s'affranchir du traité de Lisbonne pour construire une Europe plus solidaire, en tendant vers l'harmonisation des droits sociaux et politiques, et plus démocratique avec des pouvoirs accrus pour le Parlement européen.

    EVA JOLY, EUROPE ÉCOLOGIE-LES VERTS

    Un pacte écologique et solidaire remplacera le pacte de stabilité et de croissance et les critères de Maastricht. Un bouclier social européen incluant la mise en place d'un revenu minimum et maximum européen, un socle commun de droits sociaux, un moratoire sur toute nouvelle libéralisation des services publics. Création d'une Europe fédérale avec élection en 2014 d'une « Assemblée constituante ». Le statut de la Banque centrale sera remis à plat pour renforcer le contrôle démocratique. Elle pourra prêter directement aux États.

    FRANÇOIS HOLLANDE, PARTI SOCIALISTE

    « Ce que je propose, ce n 'est pas un fédéralisme des marchés mais un fédéralisme des projets ». Le candidat socialiste ne remet pas en cause l'indépendance de la Banque centrale européenne (BCE) et préfère agir dans le cadre des traités actuels. « Je souhaite qu'elle puisse élargir son rôle de prêteur et intervenir de façon mesurée contre la spéculation dans le cadre de ses statuts actuels. » Il garde le silence quant au rachat des dettes par la BCE ou sa gestion de l'euro, avec pour seule fin d'attirer les capitaux en compressant la protection sociale ou les salaires.

    FRANÇOIS BAYROU, MODEM

    Après avoir suggéré de revoter en 2005 si jamais les Français votaient mal. Bayrou adresse aux électeurs du « non » des messages tranchant avec son soutien à la droite européenne libérale et son fédéralisme historique. « Cette hystérie contre l'Europe libérale est fascinante et désespérante », déclarait-il en 2005. Quant à la BCE, c'est pour lui le parangon de l'orthodoxie. Il fut le seul candidat à la présidentielle de 2007 à applaudir à un relèvement des taux plombant les exportations.

    NICOLAS SARKOZY, UMP

    Dans son programme pour 2012, l'UMP plaide pour « une Europe forte et protectrice », et place « la souveraineté européenne au cœur des grands enjeux du prochain quinquennat ». L'objectif affiché étant de « rassurer des Français souvent démunis face aux menaces de la mondialisation ». En toute logique, il se prononce en faveur d'abandons de souveraineté, en particulier en matière de prétendue lutte contre les déficits publics. Nicolas Sarkozy est favorable à un nouveau traité gravant dans le marbre cette atteinte contre la démocratie.

    MARINE LE PEN, FRONT NATIONAL

    Elle veut une « renégociation des traités », coordonnée par un ministère des Souverainetés, au terme de laquelle la France retrouverait la « maîtrise de ses frontières », reviendrait à la « primauté du droit national ». Marine Le Pen prône le retour au franc et une « contribution nette nulle au budget européen ». Elle ne dit pas vouloir quitter l'Union européenne. Mais elle parle d'« association libre d'États européens partageant la même vision et les mêmes intérêts », en matière d'immigration, d'échanges extérieurs et de circulation des capitaux.


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